E se non fosse poi cosi male?

Rocco Femia

Et si c’était vrai que la majorité des citoyens européens ont une vision qui va bien au-delà du je-m’en-foutisme, du nationalisme et du racisme qui voudraient réduire en cendres le Vieux Continent ? Certes, l’Europe vit une période d’essoufflement et de souffrance. Cela saute aux yeux, et le nier serait stupide et irresponsable. Les populismes destructeurs qui se développent veulent déstabiliser le continent entier au nom d’une culture de la peur, qui fait des migrants les véritables ennemis, à abattre en toutes circonstances. La haine couve, embrase les villes, les régions, les pays. Une haine bruyante, comme une avalanche, qui semble emporter tout et tout le monde.

Mais est-ce vraiment le sentiment de l’Europe et des citoyens européens ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une minorité assourdissante qui impose la perspective d’une guerre, qui demande de construire des murs, de poser des fils de fer barbelés, de nourrir des peurs qui ébranlent nos cœurs et emprisonnent nos intelligences ?

L’Eurobaromètre, un dispositif de la Commission européenne qui fait des sondages sur les sujets les plus importants de l’Europe, a récemment publié un sondage sur la coopération internationale, et les résultats sont très surprenants, renversant les lieux communs des populismes.

La forêt est vivante, elle grandit, mais elle fait moins de bruit qu’un seul arbre qui tombe.

En Europe, presque neuf citoyens sur dix sont favorables aux aides au développement, moyenne la plus élevée depuis six ans. En Italie, ils sont 9 sur 10. Pourtant, les médias ne rabâchent que les raisonnements suivants : on donne de l’argent aux migrants et on néglige nos pauvres ; avant de penser aux autres, nous devons penser aux personnes de chez nous. Certaines émissions télévisées répètent quotidiennement ces lieux communs, au point de devenir dominants dans le débat public.

Les citoyens ont une culture du mondialisme que, trop souvent, les administrateurs et les politiciens ne semblent pas avoir, seulement parce qu’ils espèrent trouver un consensus électoral, qui de facto ne fait que s’éloigner.

Ainsi, si sept citoyens sur dix considèrent que l’aide aux pays en difficulté est une façon positive de répondre à la problématique des migrations, pourquoi nos gouvernants n’écouteraient-ils pas ces conseils gratuits et ne mettraient-ils pas en place une politique privilégiant des investissements différents ?

Et que dire de la paix ? Les citoyens européens la considèrent comme indispensable pour construire une dynamique de développement et de progrès des populations. Au nom de qui l’Europe fait-elle donc la guerre si son peuple n’est pas d’accord ?

Si nous voulons maîtriser et gérer le problème des migrations, il faut, au premier chef, chercher la paix, le dialogue, sans provoquer la fuite des populations vivant dans les pays en guerre.

Le sondage en question, que nous le voulions ou non, nous montre une Europe de la paix et de la solidarité, bien différente de celle, barbare et enragée, que nous depeignent les populismes. D’aucuns pourraient rétorquer que les résultats électoraux des différents pays indiquent la victoire des populismes et non de la solidarité et de l’accueil. C’est vrai jusqu’à un certain point, parce que le discours nous ramène toujours à la politique, à ses échecs, à ses hypocrisies, à sa perte de crédibilité, qui sont les véritables raisons du désarroi que nous vivons, mais certainement pas le véritable sentiment des personnes.

Il est capital de réfléchir à ces sujets et d’agir.

À ce titre, nous vous rappelons le colloque et le spectacle organisés par RADICI et Harmonie Mutuelle, le 11 novembre, à Paris, à la Maison de la Mutualité.

Vous trouverez des informations sur le site de la revue : www.radici-press.net.

Nous serons tous présents, le Gruppo Incanto, nos journalistes, mais aussi des spécialistes et des invités de marque : Marie-Claude Blanc-Chaléard, Emanuele Crialese, Grégory Daltin, Jean-Pierre Furlan, Jean Gili, Marc Lazar, Domenico Lucano, Giusi Nicolini, Patrick Noviello, Dominique Païni, Bruno Putzulu, Laure Teulières, Eric Valmir, François Venturini.

Nous serons tous présents pour crier qu’une autre humanité est possible.

Rocco Femia, directeur de RADICI

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2 réponses à E se non fosse poi cosi male?

  1. Francesco Martini dit :

    Je crois aussi que la plupart des citoyens europeens aient encore vive de construire une maison commune, par ailleurs le seul projet qui peut realistiquement faire avancer le vieux continent. Malheuresement lors des dernières années les politiques de l’Europe se sont limitées à une sombre gestion financiere, en oubliant les fondémentes sur lesquels l’union avait été construite. Les gris burocrates qui ont laissé coulér la Grece ne font plus rêver les peuples, d’autant plus que les institutions europeens sont dans l’impasse et les pays les plus forts choisissent pour tous les autres. Il faut raviver les rêves europeen et montrer de temps en temps ce qui de bon existe, les exchanges culturelles en primis ainsi que les opportunités de travail. On est les premiers à en bénéficier et trop souvent on l’oublie.

  2. DUTHU LAVEDER dit :

    Bonjour,

    Je viens de lire l’éditorial de Rocco Fermia du N°87 « Cosi male ? » Je suis à 110% d’accord avec lui !
    Je n’arrives plus à écouter les infos quelque soit les médias. Si on les écoute, il n’y a plus qu’a se flinguer ! Quand on voit les actions que mènent les multiples associations (plus de 800 000 en France) les syndicats et la majorité des élus politiques,concernant en particulier, l’accueil des migrants, on se demande ou les journalistes vont chercher leurs informations, toujours négatives ?
    Heureusement que certains ont un regard humain et positif !
    Bon courage. Amicalement Germaine D.

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