« Une œuvre utile et nécessaire »

Il est le récitant de « Quand les émigrés c’était nous ». Acteur de théâtre et de cinéma, ancien pensionnaire de la Comédie Française, César du Meilleur Espoir Masculin, également chanteur, Bruno Putzulu possède en outre des racines italiennes. Il nous livre, à l’occasion d’un spectacle joué à guichets fermés à Montauban (Haute-Garonne), son sentiment sur cette aventure scénique, son rapport au pays natal de son père, originaire de Sardaigne, mais aussi son regard sur la crise actuelle des migrants.

Comment avez-vous pris part à cette aventure de « ITALIENS, quand les émigrés c’était nous » ?

Depuis quelques années, je suis invité à faire des lectures au festival « Le Marathon des mots » à Toulouse. Un jour, alors que je lisais un texte d’un auteur italien, j’ai fait la rencontre de Rocco Femia (créateur et metteur en scène du spectacle), et il m’a proposé de travailler avec lui.

Étant donné vos origines familiales, ce projet vous a d’autant plus touché, non ?

Ma mère est française et mon père immigré sarde. Cette proposition me parlait donc énormément. L’Italie a toujours été importante dans ma vie. Maintenant que papa n’est plus là, ça vibre en moi. Mon père ne parlait jamais de ce qu’il avait vécu quand il est arrivé en France. C’était comme une honte. Il fallait laver la honte et se sentir accepté…

Vous dites souvent « si tu ne vas pas à la politique, la politique, elle, s’impose à toi et a des répercussions sur ta vie ». Vous vous intéressez beaucoup aux débats de société. Comment interprétez-vous aujourd’hui les réactions dans notre pays face à la question des migrants ?

Au-delà de l’histoire de l’immigration italienne, de mes racines, de mon père, il y a effectivement une vraie question de société. Le démon n’est pas loin… On a toujours besoin de stigmatiser un coupable, de montrer quelqu’un du doigt. « Si eux n’étaient pas là, on aurait plus de travail, il y aurait moins de crimes, etc. ». Et puis, comme souvent, la politique vient s’immiscer là-dedans. Et certains n’hésitent pas à instaurer la peur. Comme le disait Camus, si on veut tenir un peuple en laisse, il faut instiller la peur.

Y-a-t-il un moment particulier qui vous touche dans le spectacle ?

Oui… Heureusement, je ne dois pas intervenir à ce moment-là. C’est quand nous nous retournons vers l’écran sur lequel est projetée une image de nos grands-parents et que nous les saluons. Ce n’est pas mécanique. Même si c’est le même spectacle qui est rejoué, ce n’est pas le même trajet qui est parcouru dans nos esprits. C’est un peu comme un poème qu’on lirait plusieurs fois mais qui n’aurait jamais le même sens.

Propos recueillis par Patrick Noviello

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