Quel beau numéro double d’été ! De la Toscane plein les yeux. Dans ce numéro, nous ferons étape à Sienne, magnifique ville d’art, joyau italien admiré dans le monde entier. Nous avons décidé de vous guider vers ce chef d’œuvre de culture médiévale, ville gothique, étudiée pour ses caractéristiques, harmonieuses et inimitables. En général, l’histoire attribue le mérite du patrimoine artistique aux personnages qui représentent le pouvoir. Pas toujours vrai, mais bien souvent, quand même pas totalement impropre. La réalité urbaine de Sienne est l’expression d’une ville qui, au cours des trois siècles qui relient le Moyen Âge à la Renaissance, a été gérée comme un authentique « bien public », défendu par tous ses citoyens. Nous vous raconterons cet héritage extraordinaire qui va bien au-delà de la carte postale qui ne fait qu’appâter la galerie. En parcourant ce numéro toscan, il est une rencontre inévitable, celle avec le Chianti. Qui sait pourquoi les gens aiment dire « vivo nel Chianti », ou rêvent de le faire. Et ils le disent avec orgueil, parfois même avec un air de supériorité, presque pour susciter un sentiment de jalousie. Parce que le Chianti, c’est bien plus que le vin, même s’il est célèbre dans le monde entier. Ce n’est pas Florence, ce n’est pas Sienne, c’est une terre qui reste à l’écart, indépendante. Dans ce numéro, nous vous proposons aussi un itinéraire inhabituel et méconnu. Celui du Moyen Âge rural de la Toscane sous le signe des pievi, de petites églises romanes disséminées dans la campagne. Enfin, savez-vous que l’acteur américain Clint Eastwood détestait le Toscano ? Pas l’habitant, bien sûr, mais le célèbre cigare que Sergio Leone lui imposa de mâchouiller dans ses films. Nous vous raconterons comment ce cigare est né, l’histoire de ces quelques centimètres de feuilles de tabac enroulées. Dans ce numéro, il sera aussi question de l’inoubliable Venise. Sous la plume introspective et poétique de Vincent Engel, nous allons découvrir le troisième volet de son périple italien. Venise ne se révèlera pas pour lui un simple lieu de passage. Quant au dossier spécial, il est consacré aux grandes infrastructures routières italiennes, aux aqueducs, aux ponts et aux tunnels qui ont bouleversé le quotidien et raccourci l’Italie. Nous évoquerons les esprits visionnaires des ingénieurs qui ont imaginé l’impossible, mais aussi les milliers d’ouvriers qui ont réalisé ces rêves, parfois au prix de leur vie. Et, comme toujours dans l’Histoire, les grandes œuvres cachent des affaires obscures, des mystères et surtout des querelles. C’est le cas actuellement, pour citer un exemple, avec le projet de train à grande vitesse, le TAV, entre Turin et Lyon, dans la Val de Suse, que le directeur du quotidien italien Il Fatto Quotidiano, Marco Travaglio, qualifie de « préjudiciable pour le territoire et avantageux uniquement pour ceux qui le construisent, les hommes d’affaires ». Il sera également question dans ce numéro d’une autre histoire, celle, immuable, de tous ceux qui vont, main dans la main, avec les puissants et ne perdent jamais l’occasion de leur lécher les bottes pourvu qu’ils fassent de bonnes affaires. C’est ce que vous découvrirez dans l’article sur la flagornerie et les leccapiedi. Côté cinéma, Marco Bellocchio s’est confié à RADICI pour évoquer son dernier film Il Traditore, un film engagé qui était en compétition au dernier festival de Cannes et qui sortira en salle en France en novembre prochain. Bien sûr, nous n’avons pas oublié ce qu’il s’est passé lors des élections européennes, et nous avons confié l’analyse de la nouvelle composition du parlement à l’écrivain belge Giuseppe Santoliquido qui nous éclaire sur la situation délicate dans laquelle se trouvent l’Italie et l’Europe. Il est temps de vous abandonner à la lecture sans oublier de vous souhaiter « una bellissima estate ».

Rocco Femia