S’il est bien un mot qui est devenu avec le temps le contraire de ce qu’il signifie réellement, c’est celui de diversité. Il est presque aujourd’hui synonyme de séparation, division.
Mais devons-nous vraiment nous résigner à l’idée de devoir désormais dire : « il était une fois l’unité ? »

Un mot, un espace qui semblait porteur de progrès. Et c’est aussi dans cette direction qu’allaient nos rêves. Aujourd’hui, au vu d’une certaine actualité, ce mythe semble être à la racine de tous nos mauxL’Écosse qui voulait se séparer de la Grande-Bretagne, la Catalogne qui demande un référendum pour s’éloigner de l’Espagne, l’Italie du Nord de celle du Sud (mais aussi le Sud du Nord). Et qui sait, peut-être la circonscription de la commune, l’immeuble du quartier, l’épouse de son mari. En somme, face à la crise, face au désarroi, aux grands changements du monde comme à ceux de la vie de chacun, il semble que les hommes ont décidé qu’il valait mieux s’en sortir seuls. Comme si les différentes sociétés étaient en proie à des états d’âme analogues à ceux des individus : enthousiasme, dépression.

Et voilà que nous nous divisons entre partisans de l’unité, des États ou de l’Europe, et militants de l’indépendance, de l’identité, comme l’appellent certains. Comme si l’une devait exclure l’autre. Comme si le vrai ne devait se situer que d’un côté.
Après des décennies de paix sur notre continent, et à un siècle de distance d’une désastreuse guerre mondiale qui fit des millions de morts, nous oublions quelles ont été les raisons passées de l’impulsion unitaire. Et sans doute n’est-il pas inutile d’en rappeler quelques-unes : par exemple, le besoin de dépasser ces identités qui s’étaient transformées en haine au moment des guerres mondiales, la nécessité d’opposer une grande force au communisme des pays de l’est qui ne respectait ni la dignité ni la liberté des hommes, mais aussi le projet, tombé un peu dans l’oubli, d’une Europe d’États membres, mais d’une Europe solidaire qui s’entraide comme on s’entraide au sein d’une famille ; pas l’Europe du capitalisme sauvage qui, à l’égal du communisme, est en train de tuer les âmes et les vies de nombreux Européens. Et n’oublions pas les raisons actuelles, certainement plus prosaïques, mais non moins importantes : par exemple, l’unité de notre continent face à la Chine et à son explosion en tant que puissance économique, face au magma menaçant du terrorisme islamiste, mais aussi face à la toute puissance de l’Amérique qui fait clairement ressortir que seuls, nous ne comptons pas.
Mais s’il est vrai que l’unité exige une part de renoncement, nous ne pouvons cependant ignorer les différences qui sont elles aussi nécessaires. De la même façon qu’il serait une erreur de liquider les indépendantismes, les leghismes de toute sorte comme incarnant l’étroitesse d’esprit, l’égoïsme, l’individualisme même lorsqu’il est représenté par tout un peuple (les Écossais, les Catalans ou encore les Lombards).
Est-il si impossible de concilier unité et identité ? Deux voies opposées choisies face à la mondialisation me viennent à l’esprit. D’un côté, les États-Unis et l’Allemagne qui, pour sauvegarder « leurs » identités veulent les faire devenir, bien que selon des modalités différentes, l’identité de tous. De l’autre, en revanche, les plus petits, qui se replient sur leurs frontières régionales avec l’illusion de pouvoir résister longtemps. Réduisant l’identité à sa seule dimension politique, à l’autonomie.
De ces deux exemples, il ressort clairement que si nous voulons éviter l’asphyxie, nous nous devons d’éviter les excès dans un sens ou dans l’autre. Les excès d’unité ou d’identité conduisent aux mêmes conséquences : solitude, désarroi, conscience partielle de son propre destin et de celui de son pays. L’unité, au contraire, est une forme de respect pour soi-même et de solidarité envers les autres ; elle est le seul point de départ pour que la diversité, non seulement devienne possible, mais puisse être la condition d’une saine unité.
Nous avons alors besoin de personnes qui construisent l’unité avec esprit critique et en dehors de la pensée unique, désireuses de la différence de l’autre parce qu’elles savent que sans l’autre si différent d’elles-mêmes, elles n’existeraient pas en tant qu’identités uniques et originales.
Et il n’y aura alors pas besoin de referendum pour se séparer, mais seulement de referendum pour s’unir.

Rocco Femia, directeur de RADICI