Trente est bien plus qu’une ville. C’est une porte vers le passé, la rencontre de deux mondes.

Amis, ennemis, qui finissent par vivre ensemble. Plus par nécessité que par choix. Parce que, on le sait, la raison est du côté du plus fort et, en 1918, quand la ville tyrolienne de Trient prit le nom italien qu’elle porte encore aujourd’hui, les photographies immortalisèrent un moment de joie. Et, du jour au lendemain, les habitants durent changer de culture et d’habitudes, plongés dans le regret d’un passé qui ne reviendrait plus. Trente, aujourd’hui, est fille de ce saut dans la Péninsule, plus encore que des Rhètes qui la fondèrent ou des princes-évêques qui la dominèrent pendant longtemps. Plus encore aussi que du Concile de la Contre-Réforme de 1545, que les livres et les guides touristiques associent toujours à la description de la ville. Aujourd’hui, cette ville est faite de tradition et de modernité. Trente est fièrement unique, avec ses monuments et, autour, ses vallées aux mille légendes et ses montagnes qui la protègent.

Une ville à deux visages

Les habitants de Trente sont ainsi, d’un œil ils vous sourient, et de l’autre ils se souviennent. C’est ainsi que font les vieux à la barbe blanche que l’on rencontre à l’aube du premier pain, souvent vêtus d’un pull en laine drue et fumant déjà la pipe. C’est ainsi que font les enfants, blonds, sportifs, pragmatiques et déterminés dans le ciao qu’ils nous adressent par éducation, mais aussi dans les pas, rapides, qui les mènent jusqu’à l’école où on les attend. En cela aussi la ville est coupée en deux, nullement dérangée par les touristes qui s’y pressent toute l’année. On peut aller skier s’il neige ou simplement se reposer s’il fait chaud. Et il est si facile d’aller à la découverte de ses monuments.
Tout d’abord, il y a le Castello del Buonconsiglio, le château du Bonconseil, peut-être habité autrefois par de méchantes sorcières et pour cela surnommé del Malconsiglio. Un édifice immense, construit entre 1239 et 1255. Il s’étend horizontalement sur trois étages jusqu’à la Tour de l’Aigle et ses extraordinaires fresques du « Cycle des mois ». Un récit de la vie d’antan en douze épisodes, de janvier à décembre, qui raconte les jeux de la noblesse, la vie à la cour, le pastoralisme et l’agriculture. Toujours le passé. Mais sans remords cette fois, seulement pour se rappeler. Car le soleil est désormais haut dans le ciel, et il est temps de mieux connaître la ville. En marchant, accompagné par les flots de l’Adige, compagnon silencieux de ceux qui vivent ici ou ne font qu’y passer.

Biagio Picardi

Abonnement à RADICI