Dans une précédente chronique (Radici n° 103-104), Vincent Engel a déjà évoqué sa rencontre avec Venise et l’amour qui le lie à cette ville exceptionnelle. En écrivant ces mots, il a bien sûr conscience de l’épouvantable banalité du propos : qui n’aime pas Venise ? Qui ne lui reconnaît pas son statut d’exception, de première merveille du monde, cette splendeur qui tient autant à la beauté de ses case qu’à sa particularité marine et à cette fragilité paradoxale, cette mort toujours annoncée et jamais survenue ? Qui ? Finalement, beaucoup de monde peut-être.

Au moins cinq de mes romans ont Venise pour cadre, ne serait-ce que partiellement. L’un d’eux, Requiem vénitien, s’y situe presque entièrement. Dans Retour à Montechiarro, évoquant l’arrivée de Napoléon dans la Sérénissime, un de mes personnages récurrents – Asmodée Edern – expose sa vision de la ville au comte toscan Della Rocca : 
– On raconte que lorsque le dernier Doge, Ludovico Manin, abdiqua devant le petit général français, il aurait baissé son masque et dit : « Ahora, non è piu necessario » ; « À présent, je n’en ai plus besoin ».

Vincent Engel