Ne nous contentons pas de la vérité

Vous vous souvenez du petit corps sans vie de cet enfant sur la plage de Bodrum ? Il avait semblé faire bouger les consciences, faire changer le monde, ébranlant les puissants qui, tout à coup, s’étaient lancés dans une compétition de solidarité. Mais où est passé « l’effet Aylan » ? Les Allemands, après un élan de solidarité nationale, semblent y avoir réfléchi à deux fois, fermant leurs frontières aux réfugiés, tandis que partout en Europe, racisme et intolérance refont surface.

Pendant un instant, nous nous sommes émus, puis l’émotion a laissé place, comme dans un fondu enchaîné typique des films d’horreur, au pire ennemi de la miséricorde : l’accoutumance.

Exerçant moi-même le métier de journaliste, je me demande souvent quelle est notre responsabilité à nous, médias, dans la construction d’un sentiment commun. Quel est notre devoir de journaliste, quel poids avons-nous dans l’intérêt que portent les gens aux événements ou dans l’orientation de l’opinion publique ?

Parce que, sans que nous ne nous en rendions compte, beaucoup d’enfants sont morts après Aylan. Et malheureusement, quand la grande machine de l’habitude se met en route, les choses changent, l’émotion n’est plus aussi vive.

Pourtant, la mort de nombreux enfants, ces derniers jours, sur le trajet entre la Turquie et la Grèce, nous dit deux choses : d’abord que c’est la guerre que les gens fuient, qu’il n’y a plus rien d’économique dans la masse des migrants qui cherchent à se mettre à l’abri ; ensuite, que les morts, en particulier les si nombreux enfants noyés, chaque jour, chaque nuit, ne sont pas le fruit d’une route maritime erronée, d’une embarcation défectueuse, ou de risques liés à la mauvaise saison.

Rocco Femia

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