Nous y avons tout intérêt, les récentes querelles et les polémiques de ces dernières semaines le confirment. En l’absence de principe d’unité placé au-dessus des divers contextes nationaux, les petits États européens se briseraient. À quelques mois des prochaines élections européennes, on parle beaucoup de crise et de mise en accusation du vieux continent. Des souverainistes aux partisans du Brexit, en passant par les extrémistes en tout genre, tous soutiennent la thèse selon laquelle l’Europe touche à sa fin. Je ne suis pas d’accord. Pas parce que les critiques faites à « cette » Europe ne seraient pas légitimes, mais plutôt parce que la vague antieuropéenne se fait le terreau de nouvelles réalités et de mouvements start-up porteurs de projets inédits et sans frontières. Je pense à VOLT, un parti composé majoritairement par des moins de 35 ans, avec pour président un Italien de 27 ans, Andrea Venzon, qui se présente dans une dizaine de pays avec le même programme. Ni de droite ni de gauche, mais progressiste et animé par un européisme critique. Je pense aussi à DIEM25, la liste du Grec Yanis Varoufakis qui juge que les vieux partis nationaux ne sont plus en mesure de résoudre la crise systémique de l’Europe. Ou encore aux Verts allemands qui ont de bonnes chances de devenir le premier parti anti-souverainiste dans le prochain parlement européen fortement marqué par les populistes. Bref, c’est grâce à la fin des idéologies qu’un européisme plus évolué est paradoxalement en train de naître de l’anti-européisme. Et c’est une bonne nouvelle. Ceux qui poussent à l’affrontement oublient que l’Histoire nous démontre qu’une Europe des nationalismes n’a aucune chance de s’en sortir. La défense généralisée des intérêts régionaux rend les mouvements souverainistes inadaptés pour affronter le grand défi de ce siècle, l’immigration. Il existe aussi des raisons plus prosaïquement économiques. Même si les Italiens sont devenus davantage eurosceptiques, nous ne pouvons pas oublier que l’Italie est lourdement endettée. Dix années d’austérité ont montré que nous ne sommes pas capables de réduire de façon significative notre dette sans faire de lourds et insupportables sacrifices. Ainsi, chaque année, en Italie, nous sommes contraints de placer sur le marché environ 300 milliards d’euros de dettes. Et c’est grâce aux garanties qui découlent de notre appartenance à l’Europe qu’il y a encore des investisseurs disposés à acheter nos obligations d’État. L’adhésion à l’euro est l’une de ces garanties. La monnaie unique, que certains voudraient abandonner, est beaucoup plus forte que pourrait l’être la lire qui, d’ailleurs, a toujours été, à l’exception de la période du boom économique des années Soixante, une monnaie faible. Revenir à la lire pour financer la dette serait donc pure folie. Des centaines de milliards de lire seraient nécessaires, et l’inflation ferait tellement grimper les prix que les personnes les plus fragiles seraient littéralement balayées. Comme je l’ai signalé, il y aussi dans ce tableau la question des migrants, sujet qui a dernièrement empoisonné les relations entre États, en particulier entre la France et l’Italie. Or, le problème de l’immigration ne peut être traité de façon individuelle, par chaque État. C’est une illusion que d’y croire. Ces derniers mois, on a clairement vu apparaître toutes les limites de la stratégie du refoulement des migrants aux frontières. Les données démographiques sont imparables : aujourd’hui, les Africains sont au nombre de 1,2 milliard, soit le double des Européens. Ce seul élément suffit pour comprendre que le phénomène des migrations exige plus que jamais de mettre en place des politiques qui concernent l’ensemble de l’Europe et toutes les populations qui y vivent. Aucune petite Italie, aucune petite France, ne suffira pour nous sortir de l’ornière. Alors, dans l’attente de voir monter en puissance l’idée d’une Fédération des États unis d’Europe, vive l’Europe, assurément. Mais une Europe plus jeune, libérée de ses mastodontes attachés au pouvoir et aux lobbys des affaires. Une Europe capable d’abandonner ses hypocrisies et ses mauvaises conduites pour écrire une nouvelle page de l’Histoire.

Rocco Femia, directeur de Radici