ECONOMIA CIRCOLARE
QUAND LES DÉCHETS DEVIENNENT UNE RESSOURCE
Il y a quelque chose de très contemporain dans les déchets que nous laissons sur la table. Les coquilles des moules, si présentes le long des côtes italiennes et dans de nombreuses villes du Sud, en sont un exemple discret mais éloquent. Non biodégradables et produites en quantités considérables, elles finissent presque toujours dans les circuits traditionnels de déchets, sans véritable perspective de valorisation.
À Tarente, où la mytiliculture fait partie intégrante de la vie quotidienne, trois jeunes amis – Serena Lotto, Matteo Peluso et Michele De Siati – ont choisi de partir précisément de ce constat. Du problème le plus simple, le plus visible et en même temps le plus négligé : des montagnes de coquilles difficiles à éliminer.
En 2022, après avoir terminé leurs études universitaires, ils fondent la start-up W3DS et se concentrent sur une intuition concrète : récupérer le carbonate de calcium contenu dans les coquilles pour le transformer en une ressource. Le résultat est un mortier à haute résistance, spécialement conçu pour la construction écologique, capable de donner de la valeur à ce qui, jusqu’à hier, n’était considéré que comme un déchet.
La force du projet ne réside pas seulement dans la solution technique, mais aussi dans la vision qui la rend possible. Au lieu de continuer à extraire des matériaux des carrières, on utilise ce qui est déjà disponible, ce qui réduit l’impact et diminue les distances entre la production et la réutilisation.
Serena, Matteo et Michele nous rappellent ainsi que l’économie circulaire, lorsqu’elle cesse d’être un mot à la mode, devient un geste concret : changer de perspective et reconnaître dans ce que nous jetons une matière encore vivante.
IL DATO
84,1
C’est l’espérance de vie moyenne en Italie. Il s’agit du chiffre le plus élevé d’Europe, à égalité avec la Suède, et il dépasse même celui de 2019, compensant ainsi la baisse provoquée par la pandémie de Covid-19. Une bonne nouvelle, certes, car elle confirme une caractéristique profonde du pays : l’Italie reste une terre où l’on vit longtemps, grâce à une combinaison de facteurs sanitaires, sociaux, alimentaires et culturels.
Mais il serait naïf de s’en tenir là. En effet, le dernier rapport de l’OCDE met également en évidence le revers de la médaille : un système de santé de plus en plus affaibli, pénalisé par des listes d’attente interminables, des difficultés d’accès aux soins et une pénurie grave de personnel, notamment infirmier. L’Italie vit plus longtemps, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle vit mieux. Aujourd’hui, la véritable question est de savoir si le pays saura défendre cette conquête sans laisser le système de santé publique continuer à se déliter lentement.
LETTERATURA
GRAZIA DELEDDA
LA LAURÉATE DU PRIX NOBEL OUBLIÉE
L’année 2026 remet sous les projecteurs une figure majeure de la culture italienne, trop souvent évoquée par simple obligation scolaire plutôt que pour l’extraordinaire modernité de son œuvre : Grazia Deledda. Cette année marque en effet le 90e anniversaire de sa mort, survenue à Rome le 15 août 1936, mais aussi le centenaire de l’attribution du prix Nobel de littérature 1926, qui la consacra comme l’une des grandes voix de la littérature européenne.
Née à Nuoro en 1871, Grazia Deledda reste encore aujourd’hui la seule femme italienne à avoir reçu le prix Nobel de littérature. Un fait qui pousse à s’interroger sur la relation que l’Italie entretient avec ses grandes figures féminines. Car Grazia Deledda n’était pas seulement une écrivaine « régionale », comme on a longtemps tenté de la reléguer. Partant d’une Sardaigne alors périphérique et presque inconnue du reste du pays, elle a réussi à transformer ce monde en une matière universelle faite de passions, de culpabilité, de désir, de religion, de fatalité et de soif de liberté.
Des romans comme Canne al vento (Roseaux au vent),, Elias Portolu ou La madre (Dans l’ombre, la mère) continuent encore aujourd’hui de nous saisir par leur force essentielle et leur capacité à dépeindre des personnages suspendus entre destin et rébellion, dans une Italie pauvre et reculée qui n’avait presque jamais trouvé sa voix dans la grande littérature nationale. Des livres qui, un siècle plus tard, conservent une modernité surprenante.
Ce n’est sans doute pas un hasard si, en 2026, le cinéma s’intéresse à elle : le film Quasi Grazia, réalisé par Peter Marcias et mettant en scène Laura Morante dans le rôle de l’écrivaine, est sorti en Italie le 14 mai dernier. Plus qu’un biopic traditionnel, le film tente de raconter l’histoire de la femme derrière le prix Nobel : la solitude, le travail acharné de l’écriture, le poids du jugement masculin et le difficile équilibre entre notoriété publique et fragilité privée.
L’autre Italienne à avoir été couronnée par un prix Nobel – de médecine – est Rita Levi-Montalcini, en 1986. Dans le domaine de la littérature, Grazia Deledda reste encore seule. C’est peut-être aussi pour cette raison qu’elle mériterait aujourd’hui d’être véritablement relue, au-delà des célébrations officielles.
MEMORIA
CAMMINO ‘44
Plus de quatre-vingts ans après les massacres nazis-fascistes qui ont marqué l’Italie entre 1944 et 1945, un projet alliant mémoire, territoire et responsabilité civile s’est concrétisé avec le Cammino ‘44, un itinéraire d’environ 180 kilomètres qui traverse les Apennins entre la Toscane et l’Émilie-Romagne, reliant Sant’Anna di Stazzema, dans les Alpes Apuanes, à Marzabotto, dans les Apennins bolognais, en passant par la zone de Monte Sole. Le tracé suit en partie la ligne de front de la Ligne gothique, où se sont concentrés certains des massacres les plus terribles contre la population civile durant les derniers mois de la guerre.
Ce n’est pas simplement un nouveau parcours de randonnée, l’ambition est plus profonde : il s’agit de transformer la marche en un pèlerinage civil, une expérience qui oblige à ralentir, à regarder, à se souvenir. Pas à pas, au cœur d’une géographie à la fois paysage et blessure.
Le projet est porté par Liberation Route Italia, section italienne de Liberation Route Europe, un réseau international créé pour raconter la libération de l’Europe du nazisme et du fascisme à travers des lieux, des itinéraires et des outils culturels partagés. Présent dans plusieurs pays, ce réseau relie des musées, des sites historiques et des parcours thématiques dans le but de rendre la mémoire accessible, concrète et vivante. En Italie, le travail se concentre précisément sur des itinéraires capables de tisser des liens entre Histoire et territoire, en évitant à la fois la rhétorique et l’oubli.
Le Cammino ‘44 s’inscrit dans cette perspective. Il traverse les provinces de Lucques, Pistoia et Bologne, reliant des sentiers déjà existants et conduisant les randonneurs dans des zones souvent marginales par rapport aux circuits touristiques, mais centrales dans l’Histoire du pays. Des lieux où la guerre n’a pas été un récit, mais une présence réelle, quotidienne, violente.
Le lancement officiel du site a eu lieu le 25 avril, date symbolique de la Libération, tandis que la première marche inaugurale est partie le 20 juin de Pietrasanta. Un calendrier qui n’est pas fortuit, car ici, la mémoire ne se limite pas à être célébrée, elle est remise en mouvement. À une époque où l’histoire risque de devenir superficielle – ou pire, un instrument –, le Cammino ‘44 propose quelque chose de plus simple et de plus exigeant : la parcourir à pied. Et découvrir que certains lieux, pour être vraiment compris, demandent du temps, du silence et une présence effective.
ECCELLENZE
QUAND LA RÉPUTATION PARLE ITALIEN
Le Global RepTrak, l’un des principaux indicateurs internationaux consacrés à la réputation des grandes entreprises internationales, a classé dans son édition 2026 deux entreprises italiennes parmi les dix premières au monde : Ferrari et Barilla. La réputation est mesurée selon plusieurs critères allant de la qualité des produits à la confiance en passant par l’innovation et les politiques sociales et environnementales.
Si Ferrari continue de représenter dans le monde entier une image d’excellence technologique et manufacturière italienne, la présence de Barilla est peut-être plus importante. En effet, le classement souligne également certains choix internes de l’entreprise, tels que l’égalité salariale et l’attention portée aux congés parentaux pour les hommes et les femmes. Un signal non négligeable à une époque où la question du travail et de l’équilibre familial traverse toute l’Europe.
Ces éléments montrent que désormais la réputation ne dépend pas seulement du succès économique ou de l’image d’une marque, mais aussi de la manière dont une entreprise considère le travail, les personnes et la société.
CULTURA
CARLO GINZBURG S’EN EST ALLÉ
L’historien et essayiste Carlo Ginzburg s’est éteint le 17 juin dernier à Bologne à l’âge de 87 ans. Avec lui disparaît l’un des historiens italiens les plus influents du XXe siècle et l’un des intellectuels italiens les plus connus au monde. Fils de Leone Ginzbourg, éditeur, journaliste et antifasciste, et de Natalia Ginzburg, écrivaine, il avait révolutionné la manière d’écrire l’Histoire grâce à ce qu’on appelle la micro-histoire : partir des événements de personnes apparemment secondaires pour comprendre les grands phénomènes de la société.
Des livres tels que I benandanti (Les batailles nocturnes) et surtout Il formaggio e i vermi (Le fromage et les vers) ont marqué des générations entières d’historiens, en montrant que même un meunier, un paysan, un hérétique ou une victime de l’Inquisition peuvent raconter l’histoire de leur époque mieux que bien des rois et des généraux.
Son héritage le plus précieux est peut-être celui-ci : la vérité historique se cherche dans les indices, les traces les plus infimes, les voix oubliées. L’histoire n’appartient pas seulement aux vainqueurs. Elle appartient aussi à ceux qui n’ont pas laissé de monuments, mais seulement une fragile empreinte dans les documents.
Pour ceux qui aiment l’histoire, la culture et la pensée critique, la disparition de Carlo Ginzburg n’est pas seulement la mort d’un chercheur. C’est la perte d’une conscience civile qui a enseigné à regarder le monde d’en bas, sans renoncer à la rigueur et à la recherche de la vérité.
MEDIA
RÉSEAUX SOCIAUX ET MINEURS
L’ITALIE VEUT FIXER UNE LIMITE
L’époque de l’enthousiasme naïf pour le numérique semble révolue. Selon une enquête Demetra réalisée avec la Fondazione Patti Digitali, près de neuf Italiens sur dix seraient favorables à une loi limitant l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux. Pour beaucoup, le seuil devrait être élevé : 16 ans pour 35 % des personnes interrogées, 14 ans pour 20 % d’entre elles.
Derrière cette tendance, il n’y a pas seulement de la peur, mais une préoccupation éducative désormais largement répandue. 68,2 % des Italiens associent l’utilisation excessive des smartphones et des réseaux sociaux au mal-être croissant chez les adolescents et les préadolescents. Cette même prudence s’applique également à l’intelligence artificielle : trois personnes sur quatre souhaiteraient étendre d’éventuelles restrictions aux outils d’IA générative.
Il ne s’agit toutefois pas seulement d’interdire. De nombreuses familles semblent réclamer un cadre commun, car elles ont du mal toutes seules à faire le poids face à des plateformes conçues pour capter l’attention, le temps et créer une dépendance. On ne parle pas de censure technologique, mais d’une tentative de redonner aux adultes une responsabilité éducative partagée.
Une question cruciale reste en suspens : protège-t-on mieux un enfant en le tenant à l’écart des réseaux sociaux ou en lui apprenant tôt à les utiliser ? Le débat est ouvert. Mais une chose est désormais claire : laisser les algorithmes éduquer les mineurs ne peut plus être considéré comme une forme de modernité.
TURISMO
L’ITALIE DE PLUS EN PLUS BLEUE
En 2026, ce sont en effet 257 communes italiennes qui ont reçu le Pavillon Bleu, distinction internationale décernée par la Foundation for Environmental Education aux stations balnéaires qui respectent des critères rigoureux en matière de qualité environnementale, de gestion du territoire et de tourisme durable. Le nombre de ports de plaisance récompensés est également en hausse, passant de 84 à 87.
Outre la beauté de la mer, les Pavillons Bleus évaluent également la qualité des eaux, les services, la gestion des déchets, la mobilité durable, la protection du paysage et l’engagement des administrations locales à améliorer au fil du temps leur rapport à l’environnement.
La région la plus récompensée reste une fois de plus la Ligurie avec 35 stations balnéaires reconnues, suivie des Pouilles et de la Calabre avec 27 Drapeaux Bleus chacune. C’est précisément la Calabre qui connaît la plus forte croissance en 2026, avec quatre nouvelles entrées.
Une évolution digne d’intérêt, qui raconte aussi d’une autre Italie, celle des territoires qui investissent dans la qualité environnementale et dans un tourisme moins agressif, plus attentif à la préservation du paysage et des ressources naturelles.
HOMMAGE
CARLO PETRINI ET LA RÉVOLUTION DES CHOSES SIMPLES
Avec la disparition, en mai dernier, de Carlo Petrini à l’âge de 76 ans, nous avons perdu une grande figure italienne. Pour beaucoup, Carlo Petrini était le fondateur de Slow Food. Mais le réduire à cela reviendrait à évoquer un arbre en ne parlant que de la graine. Lorsqu’il commença à parler de biodiversité, de produits locaux, de circuits courts, d’une agriculture respectueuse de la terre et des personnes, le monde courrait dans une tout autre direction. Le mot d’ordre était produire plus, plus vite, partout. L’avenir semblait appartenir à l’uniformité.
À la fin des années 1980, alors que la restauration rapide et la standardisation semblaient être le visage inévitable de la modernité, Slow Food est apparu comme une provocation culturelle. En réalité, c’était bien plus que cela. C’était l’idée que la nourriture n’était pas une marchandise comme les autres, mais un patrimoine fait de paysages, de métiers, de cultures et de relations humaines.
Pour Carlo Petrini, défendre une variété de haricot, un fromage de montagne, une race animale en voie de disparition ou le savoir-faire d’un paysan ne signifiait pas protéger le passé, mais protéger l’avenir.
De cette intuition sont nés des projets qui ont changé la façon de considérer l’alimentation dans le monde entier. Parmi ceux-ci, Terra Madre, un extraordinaire réseau international qui a mis en relations agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, chercheurs et communautés locales des cinq continents. Bien avant que la durabilité ne devienne un mot à la mode, Carlo Petrini avait compris que le destin de la terre et celui des hommes étaient inséparables.
Citons également la création de l’Université des sciences gastronomiques de Pollenzo, dans le Piémont, première institution universitaire au monde à proposer une approche interdisciplinaire des études sur l’alimentation.
C’est pourquoi son héritage dépasse largement le cadre de la gastronomie. Il a trait à la relation entre les êtres humains et la terre, l’économie et la dignité, le développement et les limites. À l’idée que tout ne doit pas être sacrifié sur l’autel de la rapidité et du profit.
À une époque où tout se mesure en termes de croissance, Carlo Petrini a eu le courage de rappeler qu’il existe des limites qui ne sont pas un obstacle, mais une forme de sagesse. C’est peut-être là la leçon la plus précieuse qu’il nous laisse. La modernité ne consiste pas à consommer le monde en toute hâte, mais à apprendre à mieux l’habiter.
On nous a appris à tout consommer. Toi, tu nous as rappelé que la terre ne se consomme pas, qu’il faut la préserver. Grazie “Carlin”.
MOTORI
VESPA
80 ANS DE LIBERTÉ ITALIENNE
Il y a des objets qui traversent les époques. Et il y a ceux qui parviennent même à les raconter. La Vespa fête ses 80 ans, mais elle semble bien plus vivante que de nombreux autres symboles contemporains. Depuis le dépôt du brevet, le 23 avril 1946, ce petit scooter né dans l’Italie meurtrie de l’après-guerre est devenu bien plus qu’un simple moyen de transport : il incarne une idée de liberté, d’élégance populaire et de créativité italienne reconnue dans le monde entier.
Pour célébrer cet anniversaire, les séries spéciales Primavera 80th et Gts 80th ont vu le jour, reprenant les couleurs et les détails des Vespa originales. Le plus frappant, c’est le vert pastel inspiré des modèles de 1946, retrouvé dans les archives historiques de Piaggio : une teinte qui évoque à la fois la nostalgie et l’avenir, capable de rappeler l’Italie de la renaissance, des routes qui reprenaient vie, du vent dans les cheveux et de la joie de vivre.
Du 25 au 28 juin dernier, Rome a accueilli une gigantesque fête internationale dédiée à la Vespa, avec des milliers de vespistes venus du monde entier réunis au Foro Italico. Un rassemblement qui ressemble presque à un paradoxe moderne : à une époque dominée par la vitesse numérique et les objets jetables, un scooter né il y a 80 ans continue encore de créer des communautés, de la mémoire et du désir. La Vespa, au fond, n’a jamais été seulement un scooter. C’est l’une des rares inventions italiennes à être devenue un langage universel.












