Le réalisateur Marco Tullio Giordana se souvient

Il y a cinquante ans explosait une bombe à Milan, piazza Fontana, changeant pour toujours le cours de l’Histoire de l’Italie. Le massacre vu par les yeux d’un jeune homme qui n’a pas oublié, un jeune homme devenu réalisateur de cinéma, metteur en scène de théâtre et écrivain.

Milan, le 12 décembre 1969. C’est l’après-midi, l’heure entre chien et loup, quand l’obscurité descend en traître et que la ville s’illumine pour s’y opposer. Il y a du brouillard, comme d’habitude. Je suis à bord d’un tram, ligne 24 ou 23, l’un de ceux qui passent justement piazza Fontana, pratique pour aller à l’université. L’heure précise, je le saurai après, 16h37. Je ne porte plus de montre depuis que j’ai perdu celle de la première communion, il y a si longtemps.
J’ai 19 ans et, sans montre, j’ai appris à compter le temps comme les musiciens, en suivant un métronome interne et je suis toujours en avance. J’arrive donc avec une bonne demi-heure avant le début du cours et j’ai tout le temps pour me balader, regarder les gens autour de moi qui vont vers le Dôme et les magasins du centre ; Noël est proche.

Marco Tullio Giordana / Vanity Fair