Les fêtes de fin d’année sont traditionnellement l’occasion de visionner des films en famille. Amoureux de l’Italie, (re)plongez-vous dans ce très poétique film de Luchino Visconti sorti en 1957 et Lion d’Or à Venise. Poétique et avec tout ce qu’il faut de magie pour être raccord avec Noël.

Ne vous laissez pas décourager par le début du film et son rythme, digne des premiers pas du cinéma muet. Pour cela, oubliez votre téléphone dans une autre pièce, ça aide. Ne soyez pas trop dur non plus avec les premières minutes de prestation de Marcello Mastroianni qui semble, tout en surjouant, être un peu perdu.

Habituez-vous aux décors de la Cinecittà (qui sera abondamment remerciée dès le générique de début), et surtout ne vous attendez pas à voir une seule image extérieure réelle de cette cité qui pourrait être Venise sans vraiment l’être. Ne vous attendez à rien car ce film ne ressemble à aucun autre, du moins pour quelqu’un comme moi qui a une culture cinématographique très limitée.

Le « pitch » en quelques lignes avant de vous faire part de ce qui m’a touché. Mario, jeune employé d’administration (insipide s’il n’était joué par le splendide Marcello) erre dans les rues de la cité où il vient d’être muté. Il tombe sur Natalia (Maria Schell), jeune femme au visage d’ange, mais éplorée. Elle attend depuis un an le retour de son amour (Jean Marais). Natalia tombera-t-elle amoureuse de Mario ? L’homme qu’elle attend finira-t-il par revenir ?

Le fait que le film ne se joue que dans quelques mètres carrés (hormis l’errance de la dernière nuit blanche) semble le prédestiner (si ça n’a pas été fait avant le tournage ou si ça n’a pas été fait depuis) à une adaptation au théâtre. Je suis partant. Avis aux amateurs ou aux professionnels.

Les dialogues entre Natalia et Mario sont quasiment des poèmes et leur relation à ce point onirique qu’on croirait presque à la fin (ce manteau tombé dans la neige…) avoir affaire à des fantômes. Et pourtant quelle présence de Mastroianni et Schell. Jean Marais, quant à lui n’a que quelques répliques, mais quel regard !

Quelle flamme brûle entre eux trois ! Celle de l’amour, impossible à éteindre. L’amour, seule lumière dans leurs existences tristes à mourir, Mario entre sa pension et son bureau dont on ne verra rien, Natalia prisonnière de sa grand-mère aveugle qu’elle aide à recoudre des tapis dans l’atelier familial la journée durant.

Hormis leur amour, ne restent alors pour eux que ces nuits blanches et leurs lumières qu’elles font vivre jusqu’à ce que le jour revienne, et avec lui la lumière blafarde du quotidien.

« Nuits Blanches » de Luchino Visconti avec Marcello Mastroianni, Maria Schell et Jean Marais.

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Patrick Noviello est journaliste à France3 Midi-Pyrénées où il est notamment en charge de l’émission de débat « Dimanche en Politique ». Il enseigne à l’Ecole de Journalisme de Toulouse dont il est issu. Il collabore à Radici depuis 2012. Sa dernière conférence théâtralisée « C’est moi c’est l’italien » aborde, à travers l’histoire de sa famille, les questions liées aux migrations.