Partisans du Sud

La guerre des brigands commença immédiatement après l’Unité de l’Italie. Faut-il dès lors parler de criminalité ou de résistance pro-bourbonienne? Ce qui est sûr, c’est que le conflit marqua le sud de la Péninsule pour toujours.

Les premières révoltes explosèrent dans les Abruzzes dès le mois de novembre 1860, alors que le roi François II des Deux-Siciles était encore à Gaète en compagnie de son épouse Marie-Sophie de Bavière, assiégé par les troupes piémontaises. Ce Sud, devenu italien depuis peu, avait d’emblée constitué un épineux problème pour le gouvernement de Turin. Nul n’avait envisagé une rébellion paysanne, et c’est ainsi que les bandes armées devinrent le principal souci de la jeune unification. Le premier gouvernement italien, présidé par Cavour, se rendit vite compte qu’il avait mésestimé les difficultés de la réalité méridionale. Il avait fait preuve d’un trop grand optimisme sur la possibilité de « normaliser » ces terres, et se fiait à l’attitude bienveillante de la masse paysanne du Sud qui, en fait, se sentait étrangère à cette unité tombée du ciel.
Les révoltes dans les Abruzzes furent qualifiées d’« épisodes de brigandage » ; en réalité, il s’agissait d’actions militaires de corps irréguliers de soldats pro-bourbons, qui avaient obtenu carte blanche de la part de François II des Deux-Siciles pour semer le trouble à l’arrière des troupes piémontaises qui assiégeaient Gaète, et ils étaient tous sous la gouverne du colonel Klitsche de la Grange, du comte alsacien Émile de Christen et de Francesco Luvarà. Bien souvent, ces hommes remportaient les combats contre les Garibaldiens, et, dans la Gazzetta di Gaeta, le journal imprimé et lu dans la forteresse assiégée, on en exaltait les exploits. La composition de ces groupes était variable : d’anciens soldats de l’armée des Bourbons, mais aussi des civils et des paysans.
C’est le général piémontais Enrico Morozzo della Rocca, devenu commandant de l’armée du Mezzogiorno, qui avait été chargé des premières répressions, qu’il évoque d’ailleurs dans ses mémoires : « Il fallait se battre ; les rangs des bandes armées qui infestaient les campagnes grossissaient de tous les mécontents et les chômeurs qui, menés par des officiers bourbons ou des officiers qui n’étaient pas bienvenus dans l’armée garibaldienne, arrivaient aux frontières, mais aussi dans les provinces napolitaines. » Et ce n’était que le début.

Gigi Di Fiore

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