Une Péninsule en équilibre

La guerre froide, en Italie, a aussi opposé les partisans de la Démocratie Chrétienne et ceux du Parti Communiste, représentés au cinéma par Don Camillo et Peppone.

Des chars d’assaut sur le point d’écraser des enfants sans défense, des femmes et des bolcheviks aux airs diaboliques ; des faucilles et des marteaux qui attentent à la liberté ; le tout assaisonné de slogans tels que « Le monstre rouge veut notre sang ! », ou « Dans le secret de l’isoloir Dieu te voit, Staline non ! » C’est en ces termes et images, bien en évidence sur une multitude de panneaux électoraux, qu’au cours des premières années de vie de la République italienne, la Démocratie Chrétienne attaqua les partis de gauche, conformément à la dynamique de la guerre froide interprétée avec ironie par Giovanni Guereschi, auteur et illustrateur qui raconte, depuis 1948, les aventures de Don Camillo et du maire communiste Peppone (voir encadré). Ce couple d’amis / ennemis, rendu célèbre par le grand écran, élabora une vision bien plus profonde et caractéristique du pays dont la position était la plus incertaine de toute l’Europe occidentale.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS avaient redessiné la carte du monde en le partageant en deux zones d’influence : le bloc occidental, emmené par les États-Unis et étroitement lié à l’OTAN (fondé en 1949), et le bloc soviétique, concentré autour de l’URSS. Dans ce contexte, l’Italie constitua l’un des fronts les plus chauds : d’une part parce qu’elle était stratégiquement située entre les deux blocs, et, d’autre part, parce que le Parti communiste italien était le plus puissant d’Occident et qu’il était perçu par les États-Unis comme un cheval de Troie de l’Union Soviétique. Tout commença en mars 1947, lorsque le président américain Harry Truman exposa sa « politique d’endiguement », dont l’objectif était d’empêcher par tous les moyens une expansion du communisme en Europe. Peu de temps après, le 1er mai, onze paysans réunis à Portella di Ginestra, près de Palerme, pour célébrer la fête du travail, furent fusillés. Ce sont quelques hommes, emmenés par le bandit Salvatore Giuliano, qui firent feu, mais ils étaient très probablement à la solde des services secrets américains, désireux de réprimer toute forme de sédition gauchiste. Un mois plus tard, les États-Unis présentaient le plan Marshall, qui allait injecter dans les caisses de l’Italie plus d’un milliard de dollars et leur donner ainsi un poids diplomatique d’importance : l’amitié avec les Américains allait, à partir de ce moment là, être cultivée par l’ensemble des gouvernements d’après guerre, tous démocrates-chrétiens, au nom de l’anticommunisme. Un document de la CIA, par lequel on invitait à empêcher un triomphe rouge même au prix de « l’altération des résultats électoraux, ou bien du recours à la force » montre qu’il s’agissait d’une question vitale pour Washington. Ces dispositions ne furent pas nécessaires. La Démocratie Chrétienne remporta les élections avec 47,3 % des votes. Le 14 juillet de cette année 1948, le pays manqua de tomber dans la guerre civile, quand un étudiant de droite attenta à la vie du charismatique leader communiste Palmiro Togliatti. S’ensuivit une grève générale ponctuée d’affrontements sanglants avec les forces de l’ordre, mais le prompt rétablissement de Togliatti, ses encouragements à « ne pas faire de bêtises », ainsi que la victoire, ce jour-là, de Gino Bartali sur le Tour de France (événement qui détourna l’attention de beaucoup) favorisèrent un retour à la normale.

Matteo Liberti / Focus Storia

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