POLITICA
LES PREMIÈRES FEMMES MAIRESSES
Il y a 80 ans, en 1946, alors que l’Italie sortait de la guerre, douze femmes sont élues maires lors des premières élections municipales de l’après-guerre. C’est la première fois que les Italiennes votent, et c’est au même moment que certaines d’entre elles prennent directement la tête de leurs communes. Non pas comme des exceptions symboliques, mais dans le cadre d’un tournant historique.
Ce groupe de douze femmes n’appartient ni à un courant politique unique ni à une seule région : Elles viennent aussi bien de Vénétie que de Sardaigne, du centre de l’Italie que du Sud, et militent aussi bien au sein de la Démocratie chrétienne que du Parti communiste. Leur présence marque déjà une réalité évidente : l’entrée des femmes dans la vie publique n’est pas un phénomène marginal, mais transversal.
L’Italie qu’elles doivent gérer est un pays à genoux : villes détruites, chômage généralisé et pauvreté matérielle partout. Leur mission n’est pas de défendre un principe, mais de faire face à des problèmes concrets : emploi, conditions de vie et organisation des communautés. En ce sens, leur entrée dans les institutions s’est accompagnée d’une exigence immédiate de responsabilité.
Il n’est pas anodin qu’une grande partie de ces premières mairesses soit originaire du sud de l’Italie, une région où la structure sociale était profondément patriarcale. C’est aussi pour cette raison que leur élection revêt une valeur qui dépasse le simple fait politique : elle introduit un tournant dans un ordre considéré comme immuable.
Les chiffres restent faibles. Lors de ces mêmes élections, environ deux mille femmes sont élues aux conseils municipaux, et à l’Assemblée constituante, quelques mois plus tard, seules 21 des 556 membres sont des femmes. Mais ce premier noyau suffit à rendre le processus irréversible.
80 ans plus tard, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour parvenir à une pleine représentation des femmes en politique. Mais c’est au cours de ces mois-là, avec ces douze noms répartis sur toute la Péninsule, que le visage de la politique italienne a véritablement commencé à changer.
AMBIENTE
LA FIN DES TICKETS DE CAISSE EN PAPIER
Chaque année, environ 30 milliards de tickets de caisse sont imprimés en Italie. Un chiffre impressionnant qui correspond à 360 millions de mètres carrés de papier thermique, un matériau difficile, voire impossible à recycler. Derrière ce geste quotidien se cache un impact environnemental considérable : plus de 33 000 arbres abattus, environ 58 millions de mètres cubes d’eau consommés et entre 40 000 et 60 000 tonnes de CO₂ rejetées dans l’atmosphère.
À partir de 2027, l’Italie s’apprête toutefois à dire adieu au ticket de caisse en papier pour passer progressivement au format numérique. Cette transition réduira l’utilisation du papier, mais soulève également des questions. En effet, le numérique n’est pas immatériel : archiver, transmettre et conserver des milliards de données nécessite des infrastructures gourmandes en énergie, des serveurs aux data centers. Les conséquences environnementales ne disparaissent pas, elles se transforment.
Plus qu’une solution définitive, il s’agit davantage d’un déplacement du problème, et peut-être d’une invitation à repenser plus en profondeur nos modèles de consommation et de production.
ALIMENTAZIONE
MOINS DE VIANDE, PLUS DE PRISE DE CONSCIENCE
Les Italiens n’« abandonnent » pas la viande, ils changent de regard. De plus en plus de personnes en réduisent la consommation, non par effet de mode, mais en raison d’une combinaison de facteurs mêlant santé, environnement et sensibilité éthique. Manger ne signifie plus seulement se nourrir, c’est prendre position. Ce que nous mettons dans notre assiette en dit long sur notre rapport au corps, à la planète, au modèle agricole que nous choisissons de soutenir.
Ce sont surtout les jeunes et les « flexitariens » qui mènent cette transition : pas des végétariens stricts, mais des consommateurs « flexibles » qui mangent moins de viande sans pour autant la supprimer complètement. Une réduction consciente, pas un renoncement idéologique. On choisit mieux, moins souvent, avec plus d’attention.
Il subsiste toutefois de profondes résistances : le goût, les habitudes, la méfiance envers ce qui semble artificiel. Le défi est d’abord culturel, avant même d’être alimentaire. En Italie, la nourriture est identité et mémoire, tout changement est donc un fait social.
MUSICA
GINO PAOLI, LÉGÈRETÉ ET MÉLANCOLIE
L’auteur-interprète Gino Paoli s’est éteint au mois de mars dernier, à l’âge de 91 ans, laissant derrière lui bien plus qu’un répertoire. Une façon d’être dans le monde de la chanson et dans le temps sans jamais vraiment s’adapter. Il a été l’un des artistes qui ont accompagné, et en partie inventé, la bande-son de l’Italie à l’époque du boom économique. Un pays qui s’éloignait des difficultés et s’ouvrait à la légèreté, sans encore trop savoir quoi en faire.
Alors que tout semblait devenir plus simple pour lui, il continuait à chercher une vérité plus insaisissable. Il cielo in una stanza (1960) est déjà tout cela : cette chanson ne raconte pas une histoire, elle crée un espace. Les murs disparaissent, le monde se retire, il ne reste qu’un temps suspendu avec une femme qui ressemble à l’amour, mais qui pourrait aussi être autre chose.
Puis vient la mer. Sapore di sale (1963) semble s’abandonner à l’été, mais elle porte déjà en elle une subtile nostalgie. La même qui traverse Senza fine (1961), qui n’est pas une déclaration d’amour mais une obsession tranquille. Et que dire de Averti addosso (1984), dans laquelle l’amour ne console pas, mais accable.
Gino Paoli a toujours travaillé sur ce fragile équilibre entre légèreté et mélancolie, ironie et douleur. La gatta (1960) a le pas léger des souvenirs qui ne demandent pas la permission, Eravamo quattro amici al bar (1991) raconte le temps qui passe sans faire de bruit, Vivere ancora (1988) et Ti lascio una canzone (1970) sont des titres simples en apparence, mais qui portent déjà en eux un adieu.
Autour de lui, une époque unique : Luigi Tenco, Bruno Lauzi et Umberto Bindi. Et puis, il y a sa Gênes, qui n’est pas seulement un lieu, mais une façon d’être au monde. Un langage sobre et direct qui n’a nul besoin d’élever la voix pour dire des choses définitives.
Paoli n’a jamais été linéaire. Ni dans la vie, ni dans la musique. Communiste, anarchiste, ironique jusqu’à en être hargneux, mais capable d’une douceur soudaine, presque désarmante.
C’est peut-être pour cela que ses chansons demeurent. Parce qu’elles n’expliquent pas l’amour. Elles le traversent. Et quand elles s’achèvent, elles ne se terminent jamais vraiment, car nous serons toujours là pour les siffloter ou les chanter dans les moments de mélancolie.
SPORT
LE TEMPS D’UNE PROMESSE
Dimanche 15 mars 2026, à même pas 20 ans, Andrea Kimi Antonelli a écrit un page d’histoire. En remportant le Grand Prix de Chine, il est devenu le plus jeune pilote de tous les temps à s’imposer dans une compétition de Formule 1. Un résultat qui ramène l’Italie sur la plus haute marche du podium, ce qui n’était plus arrivé depuis l’époque de Giancarlo Fisichella.
Mais, avec le recul, cette journée semble de plus en plus à un début qu’à une arrivée. En effet, au cours des semaines suivantes, Antonelli ne s’est pas arrêté. Après la Chine, il a également remporté la victoire au Japon, sur le circuit de Suzuka : une confirmation de haut niveau sur l’un des circuits les plus techniques et exigeants du championnat du monde. Ce n’est plus une surprise, mais une présence qui s’impose.
Originaire de Bologne, né en 2006, Antonelli court pour Mercedes, l’une des écuries les plus prestigieuses du circuit. Son ascension a été rapide, presque vertigineuse : baccalauréat obtenu l’année dernière, débuts en Formule 1 pratiquement immédiats, et une carrière qui semble brûler les étapes sans perdre la tête. Si bien qu’après sa victoire, il a parlé avec émotion d’un rêve à la fois simple et immense : ramener l’Italie durablement au sommet du sport automobile mondial.
Derrière ce talent, cependant, se cache une histoire de passion précoce et de discipline. Antonelli est sous contrat depuis l’âge de douze ans dans une équipe professionnelle. Loin d’être un détail, c’est le signe d’une vocation nourrie avec détermination, dans un environnement hautement compétitif.
Le numéro 12 avec lequel il court n’est pas un choix fortuit, mais un hommage à son idole de toujours, Ayrton Senna, figure légendaire de la Formule 1, symbole de talent pur et de dévouement absolu. Une référence qui en dit long sur l’univers dans lequel Antonelli a grandi.
À une époque où tout semble s’accélérer, son histoire frappe aussi par cet équilibre entre vitesse et racines. Derrière la précocité de ses résultats, on entrevoit en effet quelque chose de plus rare : la patiente construction d’un parcours, la capacité à rester centré alors que tout, autour, va à toute vitesse. C’est peut-être là que se joue la partie la plus importante. Non seulement dans la vitesse sur la piste, mais aussi dans la constance dans le temps. Dans la transformation d’un talent précoce en une histoire qui dure. Pour l’instant, le numéro 12 est un symbole. Mais il pourrait bien devenir bien plus que cela.
SOCIETÀ
RETOUR DU SERVICE MILITAIRE OBLIGATOIRE
Pour toute une génération, le service militaire obligatoire appartient déjà au passé. En Italie, il a pris fin en 2005. En France, la décision avait été prise plus tôt, à la fin des années 1990 : une décision nette, presque symbolique. On tournait la page. L’armée devenait un métier, et non plus une fatalité. Cela semblait irréversible. Moins d’hommes, plus de technologie. Moins d’obligation, plus de choix personnel.
Comme si l’histoire avait enfin ralenti. En fait, non. Les tensions internationales remettent sur la table une question que l’on croyait réglée : de combien de soldats un pays a-t-il besoin, aujourd’hui ?
En Italie, on parle à nouveau de chiffres : 10 000 militaires supplémentaires immédiatement, jusqu’à 30 000 à 45 000 dans les années à venir. On renforce les effectifs, on cherche des volontaires, on imagine de nouvelles formes d’engagement civil ou militaire. Mais le véritable enjeu est ailleurs : jusqu’à quel point une société est-elle prête à demander à ses jeunes de servir dans l’armée ?
Les jeunes observent, écoutent, la plupart sont contre : en Italie, sept sur dix rejettent l’idée d’un service militaire obligatoire. Mais ils ne sont pas les seuls. Même parmi ceux qui l’ont fait, l’idée d’un retour ne s’impose plus comme une solution évidente. En fin de compte, le problème ne réside pas dans les chiffres, mais dans le regard que la société porte sur elle-même.
Et en Italie et en France, une chose apparaît désormais clairement : l’obligation n’est plus une réponse naturelle.
STAMPA
DEUX JOURNAUX, DEUX ITALIES
150 ANS POUR LE CORRIERE DELLA SERA
ET 50 ANS POUR LA REPUBBLICA
En 2026, deux anniversaires illustrent, mieux que bien des essais, comment la manière d’informer et de porter un regard sur le pays a évolué.
Le Corriere della Sera fête ses 150 ans : fondé par Eugenio Torelli Viollier, il a vu le jour à Milan le 5 mars 1876. Au départ, c’est un journal destiné à une bourgeoisie cultivée et urbaine, mais au fil du temps il deviendra le quotidien de référence du pays. Il est encore aujourd’hui le plus vendu.
Son identité sera façonnée par des plumes comme celle de Luigi Albertini, qui en fait une voix influente et indépendante au début du XXe siècle, puis plus tard par de grands noms comme Indro Montanelli et Oriana Fallaci, qui en renforcent l’importance.
Il fut l’un des premiers quotidiens italiens à miser sur un vaste réseau de correspondants à l’étranger, anticipant ainsi un journalisme véritablement international.
Un siècle plus tard, le 14 janvier 1976, la Repubblica voit le jour à Rome, fondée par Eugenio Scalfari et Carlo Caracciolo. Autre ton et autre ambition : non seulement relater les faits, mais aussi les interpréter, prendre position, s’adresser à un lecteur qui veut comprendre et choisir.
Le journal se développe dans une période de grandes tensions politiques et sociales, et il devient rapidement une référence pour une nouvelle classe moyenne urbaine, plus critique et politisée. Parmi les signatures emblématiques, outre Eugenio Scalfari, on peut citer Giorgio Bocca et Miriam Mafai.
Deux dates qui se superposent presque : 1876 et 1976. Entre les deux, un siècle d’histoire italienne et deux façons différentes de faire du journalisme.










