Les Pouilles ont deux mers, Ionienne et Adriatique, des châteaux, des grottes, une histoire et une préhistoire. Les Pouilles parlent d’Occident et d’Orient, du soleil des immenses plaines et de la nuit des mystères souterrains. Presque vingt mille kilomètres carrés de champs de blé et d’oliveraies enserrée de murets, mais aussi de vestiges de Rome, d’Athènes et de Byzance. Des Anjou et des Bourbons. Chaque ville est l’étape d’un voyage dans l’histoire. Ou mieux dans un conte animé par sept personnages : le royaume, le château, la vieille, la grotte, la reine blanche, le port et la danse. Faisons leur connaissance.

Le royaume

Le voyage commence au Nord, avec un royaume sans roi mais avec un nom, Tavoliere, est issu des tabulae censuariae qui, dans le cadastre de l’Empire romain, recensaient les terrains et établissaient le montant des impôts. À mi-chemin entre le parc du Gargano et la mer, le royaume a la couleur de l’or, avec ses étendues de blé qui laissent, à divers endroits, la place au rouge des tomates et du vin. La Nature domine cette terre et elle raconte, lorsqu’on se perd dans cette mer infinie d’épis et autres plantes, qu’elle gagne toujours, même contre de puissants souverains tel que Frédéric II de Souabe, roi d’Italie, d’Allemagne et de Jérusalem qui, en s’agenouillant, avait déclaré : « Si Dieu avait connu cet endroit, il s’y serait arrêté pour y vivre ». Ce royaume est bien sûr habité par des personnes en chair et en os, les paysans acharnés de la province de Foggia, les chercheurs, tenaces, en quête de vestiges préhistoriques, mais on dirait ici des fourmis sans visage. C’est toujours elle, la Nature, qui domine. Sur l’Alto Tavoliere, avec ses terrasses cultivées, ainsi que sur le Basso Tavoliere, plus plat, baigné par les fleuves Fortore et Ofanto, en hiver seulement car, en été, faute de pluie, ils sont asséchés. Les gens courbent l’échine, travaillent dur et, pour échapper au labeur quotidien, ils regardent au loin et s’évadent. Ils imaginent le passé et le futur. Surveillés par des sentinelles de ciment, ici et là, qui tournent comme les cauchemars de Don Quichotte pour attraper le vent et le porter loin, là où la Nature n’est plus. Un royaume qui a envoyé ses soldats plus au Sud, au cœur des Pouilles. Pour veiller sur le plus magique de ses châteaux.

Le château

Protégé par une armée d’arbres, au milieu d’une immensité de végétation, impossible de ne pas le voir, rouge, imposant ; le Castel del Monte est là, au milieu des Pouilles, près de la ville d’Andria, et il regarde vers l’Est, où jaillit la lumière. De forme octogonale, il est composé de huit tours et il affiche les couleurs du corail et du calcaire. Selon certains, il serait l’ancienne citadelle du savoir, pour d’autres, la demeure préférée de Frédéric II, qui aurait voulu cette construction pour montrer à tous ceux qui vivaient sur cette terre ou qui venaient de la mer qu’il était véritablement « la splendeur du monde », stupor mundi comme on l’avait surnommé. À l’entrée, deux lions immobiles observent les passants et, sans rugir, ils veillent sur les pierres romaines, arabes et gothiques. La cour, embrassée par le ciel, mène à la porte de la magie tandis que deux escaliers à colimaçon accompagnent les visiteurs du premier au second étage, et leur regard est attiré par les nymphes, satyres et fenêtres qui, à une époque, voyaient s’envoler les faucons dressés pour chasser. La magie règne en cet étrange manoir, réputé « inexplicable » en raison de sa forme octogonale qui, dans l’antiquité, représentait l’infini. Ce lieu était fort peu ouvert à l’Église, qui en aurait ensuite supprimé les traces de sortilèges, de sacrifices et de rites liés à des mondes parallèles. Un mystère qui tutoie la Vieille qui repose dans la plus grande ville des Pouilles. Celle-ci l’observe et pousse les voyageurs dans ses mains.

Biagio Picardi

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