Renaissance (3ème partie)
Entre papes et Seigneurs

Renaissance

Le duc Frédéric de Montefeltro, ancien condottiere, transforma le centre périphérique qu’était Urbino en une cour splendide. S’alliant tantôt à Venise, tantôt à Florence ou à la papauté.

Certaines œuvres d’art, c’est bien connu, racontent mieux que les livres notre passé. Un exemple ? Le tableau intitulé La Conversation sacrée, aussi connu sous le nom de Pala di Brera, conservé à Milan. Celui-ci constitue une synthèse parfaite de la fastueuse histoire du Duché d’Urbino ou mieux, de l’histoire de celui qui en fut le deus ex machina et le transforma en un centre d’excellence de la Renaissance : le duc Frédéric de Montefeltro. Réalisé autour de 1472 par Piero della Francesca, le tableau représente la Vierge en majesté tenant Jésus sur ses genoux, entourée par un groupe d’anges et de saints et, agenouillé sur la droite, Frédéric, commanditaire du tableau, qui apparaît dans son armure de condottiere. Le duc a la même taille que la Vierge : folie des grandeurs ? Sans doute, étant donné que la tradition prévoyait que le commanditaire d’une œuvre y soit représenté à une échelle réduite. Mais aussi miroir de l’époque : sans la force brute des chefs d’armées de mercenaires, les maîtres des couleurs auraient été sans travail. Et si Urbino devint ce qu’elle fut, C’est grâce au rôle que joua Frédéric dans l’équilibre des pouvoirs.

Des amis à Rome

« C’est l’homme d’armes Antoine II de Montefeltro (1348 – 1404) qui jeta les bases nécessaires à la réalisation des fastes de l’État d’Urbino. Ce dernier appartenait à une dynastie de condottieri qui s’affirma d’abord à San Leo sur le Mont Feretrio – d’où dérive le nom Montefeltro – puis sur le territoire d’Urbino. C’est là, en 1213, que prit forme le comté », explique Enzo Bentivoglio, historien de l’architecture à l’Université Mediterranea de Reggio Calabria et spécialiste de la Renaissance. « Antonio joua finement en soutenant les intérêts de l’État pontifical qui recherchait des appuis en Italie centrale ; il obtint ainsi la reconnaissance de ses possessions dans les Marches, en Ombrie et en Romagne. C’est-à-dire sur des territoires de l’Église. »
Déjà, avec Antoine, commença l’épanouissement artistique, mais c’était la politique papale qui manœuvrait les destins de la ville. Ce fut en effet un pape, Eugène IV, qui reconnut à Oddantonio II le titre (officieux) de duc. C’était en 1443 et l’Église avait alors un objectif précis : freiner les visées expansionnistes sur le territoire des Marches d’un autre duc, bien plus puissant, le Milanais Francesco Sforza. L’année suivante, Oddantonio fut tué au cours d’une conjuration derrière laquelle se trouvaient les courtisans, qui lui préféraient son charismatique demi-frère Frédéric.

Massimo Liberti

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