Un peuple de conformistes

conformistes

Renzi, Grillo, Salvini, Berlusconi. Quel style de communication pour les dirigeants politiques italiens d’hier et d’aujourd’hui ? C’est le thème de la nouvelle enquête du journaliste et écrivain Tommazo Cerno. Du Duce à Craxi et jusqu’à Matteo Renzi, l’auteur montre que si les systèmes politiques changent (dictatures, monopoles d’état, démocraties plus ou moins participatives), la façon de gérer le pouvoir et les rapports avec les citoyens sont toujours les mêmes. Et rejeter la faute uniquement sur ceux qui nous gouvernent serait une erreur.

Dans son dernier livre, Tommaso Cerno aborde une question fort sérieuse, celle de l’attitude des Italiens face à l’histoire de leur pays, et tout particulièrement face au fascisme. Soixante-dix ans après, se sont-ils véritablement libérés des habitudes, des toxines, des attitudes d’un peuple qui avait acclamé une dictature pour ensuite la refuser et l’abandonner, préférant d’autres « régimes doux », comme pendant les cinquante années passées sous l’égide de la Démocratie chrétienne et les vingt sous Berlusconi ? Les horreurs du Ventennio [période qui va de la prise du pouvoir par Mussolini jusqu’à la fin de sa dictature en 1943, ndr] sont-elles vraiment classées pour toujours, et quid des vagues de corruption, de conflits d’intérêts démesurés, d’intrigues à caractère sexuel, d’homicides ? La communication et la façon de faire de la politique (le transformisme [pratique politique apparue en Italie qui consiste à réaliser des coalitions à l’intérieur du parlement. Ces dernières regroupent des composantes de droite et de gauche appartenant à l’aile centriste de leur parti, ndr], les courtisans, les trahisons, les épurations) sont-elles si différentes aujourd’hui de ce qu’elles étaient il y a presque un siècle ? Pour Tommaso Cerno, l’auteur du livre A noi!, publié chez Rizzoli, la réponse est négative. Le ton de l’ex-journaliste de l’hebdomadaire italien L’Espresso, aujourd’hui directeur du quotidien Il Messagero Veneto est péremptoire, comme s’il souhaitait, en frappant du poing, réveiller immédiatement le lecteur. Et il le fait, dès la ligne 8 : « L’Italie est née avec la chemise noire. Oui, emmaillotée dans la poche amniotique du fascisme, dont elle tente péniblement de se libérer depuis soixante-dix ans sans y parvenir vraiment. » C’est vrai pour la classe politique (responsables élus ou non et dictateurs), mais aussi pour les citoyens qui, au fil des ans, ont porté des masques toujours nouveaux, seule l’époque changeait.

Diego Pretini

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