Le sélectionneur Gonzalo Quesada revient sur le Tournoi des Six Nations et raconte la progression des Azzurri, entre identité, ambition et esprit latin.

Entretien réalisé par Alessio Schiesari

« L’accent latin des émotions se voit aussi dans notre manière de jouer. »Gonzalo Quesada est le sélectionneur argentin de l’équipe d’Italie de rugby. Une équipe qui sort d’un Tournoi des Six Nations de haut niveau, avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi quelques regrets.

Deux victoires, contre l’Écosse et une autre historique face à l’Angleterre. Quel adjectif choisiriez-vous pour ce Tournoi des Six Nations de l’Italie ?

Encourageant. L’objectif de notre Tournoi était de trouver de la continuité et de la constance sur l’ensemble des cinq matchs, ce que nous n’avions pas réussi à faire les années précédentes. Cette année, à l’exception du match contre le pays de Galles, nous y sommes parvenus. Le parcours de progression continue : selon moi, ce tournoi a représenté celui de la confirmation, après la bonne tournée estivale en Afrique du Sud et les tests-matchs positifs contre l’Australie et encore l’Afrique du Sud. Nous avons aussi lancé beaucoup de nouveaux joueurs, c’est le signe le plus clair de notre progression.

« L’Italie est capable de battre n’importe qui », a déclaré l’entraîneur français Fabien Galthié. Ces dernières années, le rugby italien a gagné le respect de ses adversaires. Cette première victoire contre l’Angleterre change-t-elle encore la perception de cette équipe à l’étranger ?

J’ajouterais aux paroles de Galthié celles, magnifiques, de Rassie Erasmus, le sélectionneur de l’Afrique du Sud. Ce ne sont pas des entraîneurs qui distribuent gratuitement des compliments, ils ne les font que s’ils les pensent vraiment. Mais nous devons garder les pieds sur terre. Je crois que les cinq meilleures équipes du monde n’ont pas encore peur de nous, car elles savent qu’elles ont encore quelques longueurs d’avance. Mais, contrairement au passé, leur victoire n’est plus acquise d’avance. Lors du prochain Championnat des Nations, tout le monde nous respectera.

Deux victoires, c’est un butin qui semblait impossible il y a encore quelques années. Pourtant, on a le sentiment que l’Italie aurait pu faire encore mieux. Quel est votre plus grand regret ?

J’en ai deux auxquels je ne n’arrête pas de penser. Le premier, qui me fait le plus mal parce qu’il aurait fait de ce Tournoi des Six nations un grand moment historique en Italie : c’est l’action sur la passe en avant de Menoncello pour Lynagh, lancé pour marquer un essai contre l’Irlande. Sans l’intervention erronée de l’arbitre vidéo, nous aurions au moins pu faire match nul.

Mon autre regret concerne la semaine entre la victoire contre l’Angleterre et le match contre le pays de Galles. Après cette victoire, les joueurs ont pu relâcher la pression et s’amuser. Avec le staff, nous avions décidé d’alléger la semaine, car nous avions besoin de récupérer et de nous régénérer avant la bataille de Cardiff, mais nous ne l’avons pas fait suffisamment. Nous nous en sommes rendu compte le samedi : l’équipe était à plat, physiquement et mentalement. J’ai écouté les joueurs qui, portés par l’enthousiasme, ont voulu s’entraîner comme si c’était une semaine normale. Je n’aurais pas dû les écouter : c’est ma faute, cela nous servira à l’avenir.

Les résultats sont arrivés malgré un très grand nombre de blessés. Avec un effectif complet, jusqu’où cette Italie aurait-elle pu aller ?

C’est difficile de répondre. Il est certain que lorsqu’on voit le niveau exceptionnel atteint cette année en club par ceux qui étaient absents –Riccioni, Lucchesi, Negri, Vintcent, Varney, Page Relo, Capuozzo, Trulla et Todaro –, on peut se poser la question. Ceux qui ont joué ont très bien joué, mais un effectif plus complet nous aurait certainement permis de mieux gérer les rotations. Je repense notamment au match contre le Pays de Galles, où se sont ajoutées les blessures de Simone Ferrari et d’Andrea Zambonini, et à Juan Ignacio Brex qui a manqué deux matchs. Mais je veux voir le verre à moitié plein : nous n’avons pas de titulaires fixes et nous avons réussi à bien nous en sortir malgré les nombreuses blessures, car nous disposons désormais d’alternatives valables à chaque poste. Et ceux qui ont joué se trouvent désormais en position de force. C’est là la grande nouvelle pour l’avenir de l’Italie.

Parmi les absents figurait justement Ange Capuozzo, un joueur né et formé en France qui a choisi de porter le maillot italien. Comme lui, plusieurs joueurs de la diaspora italienne font partie de cette équipe nationale. Qu’apportent-ils de différent au rugby italien ?

Nous donnons la priorité aux joueurs nés et formés en Italie, mais ceux qui ont la nationalité par leurs parents ou leurs grands-parents se sentent profondément liés à leurs racines italiennes. Je parle souvent avec eux de ce qu’ils ressentent en portant ce maillot, et je sais qu’ils se sentent italiens à cent pour cent. C’est vrai pour tous, et particulièrement pour Ange, qui, même dans le vestiaire, parle seulement italien.

Vous êtes le premier entraîneur argentin à la tête de la sélection. Martin Castrogiovanni l’un des grands sportifs étrangers d’origine italienne, a dit qu’il était temps de confier l’équipe d’Italie à un Latin. Qu’apportez-vous de plus ?

J’ai passé la première partie de ma carrière en Argentine et la seconde en France. Je pense avoir une approche plutôt anglo-saxonne dans ma manière de travailler, mais l’esprit latin m’aide à créer un lien avec l’équipe. Dès mon arrivée, j’ai choisi de parler italien, dès le premier entraînement.

L’accent latin des émotions se voit aussi dans notre manière de jouer : conquête, ligne offensive solide, mêlée dominante, et une défense où s’expriment notre cœur et notre passion. Les Anglo-Saxons peuvent perdre la mêlée et il ne se passe rien, ils peuvent tout de même gagner. Nous, Latins, non : quand nous sommes dominés dans la mêlée, ça nous fait très mal.

Y a-t-il quelque chose dans l’identité de jeu que vous souhaitez construire et qui manque encore à cette équipe nationale ?

En attaque, les statistiques montrent que nous créons beaucoup d’ouvertures et d’occasions, que nous entrons souvent dans les 22 mètres adverses, mais que nous marquons peu. Nous ne sommes pas assez efficaces. Nous devons être plus concentrés pour gagner davantage de points quand nous attaquons.

Nous devons également nous perfectionner pour pouvoir utiliser nos trois systèmes d’attaque : une organisation offensive sur toute la largeur du terrain, le jeu au pied dans les zones où nous voulons récupérer le ballon ou mettre de la pression, et un plan où nous attaquons plus en profondeur, dans l’axe, une attaque dynamique près de la mêlée spontanée. Nous avons essayé, mais nous n’y sommes pas encore parvenus.

Vous avez longtemps entraîné en France, pays où le rugby est un sport national. En Italie, c’est un sport en essor, mais encore émergeant. Quelle différence cela fait-il ?

Je commence par le budget : la fédération française dispose de plus de 100 millions d’euros, en Italie c’est la moitié. Dans les deux pays, le rugby n’est pas pratiqué à l’école, contrairement aux pays anglo-saxons. En France, cela est compensé par de nombreux clubs, de tous les niveaux, présents sur tout le territoire. En France, Il y a aussi le meilleur championnat professionnel du monde, le Top 14. En Italie, il y a moins de clubs, moins d’infrastructures, moins de joueurs, mais il y beaucoup de passion. Nous sommes forts, l’Italie parvient à progresser avec moins de moyens que les autres grandes nations.

Le Tournoi des Six Nations n’a jamais été aussi équilibré que cette année. Imaginer l’Italie le remporter dans les prochaines années est-il une utopie ?

Si l’on regarde objectivement les moyens à disposition, c’est compliqué d’imaginer l’Italie terminer devant tous les autres. Il faut admettre que les autres ont encore quelque chose de plus que nous. Mais, au fil des ans, nous avons travaillé et nous avons montré que nous pouvions rivaliser avec tout le monde. L’Italie possède une belle génération de joueurs et un staff excellent qui travaillent très bien ensemble. Cette année, nous avons été compétitifs lors de quatre matchs sur cinq. L’an prochain, nous voulons l’être sur les cinq. Et alors, je me dis, pourquoi pas ? Mais avançons par étape : le prochain objectif est de gagner trois matchs dans un même tournoi, chose que l’Italie n’a pas encore réussi à faire. Si nous continuons à nous améliorer et à avoir des conditions de préparation qui se rapprochent de celles de nos adversaires, alors nous serons prêts à gagner le tournoi.

UNA STORIA DEL RUGBY FRANCESE

Nelle tribune del rugby francese, certi nomi suonano come echi lontani. Non del tutto di qui, non del tutto di altrove. È la storia di chi viene dall’Italia, incarnata da uomini cresciuti in Francia, che non hanno mai davvero spezzato quel filo.

La famiglia Spanghero ne è forse l’immagine più forte. Con i fratelli Walter, Claude, Laurent, Jean-Marie, Guy e Gilbert, tutti nati in Francia, prende forma una storia intera: quella di una seconda generazione che ha trasformato l’esilio dei padri in radicamento; di un cognome arrivato dall’Italia e diventato simbolo del rugby francese; di una fedeltà che va oltre il campo.

Ma questa storia non si esaurisce nella fratria Spanghero.

Già negli anni Cinquanta, Philibert Capitani, nato in Italia, fu il primo internazionale francese proveniente da quella storia migratoria. Poi, nel tempo, altre traiettorie hanno prolungato questa presenza, in modo più visibile o più silenzioso – Jean-Pierre Rives (italiano per parte di madre), Philippe Sella, Jean-Jacques Crenca, Marc Dal Maso – come tracce diffuse di una memoria ormai intrecciata alla storia stessa del rugby francese.

Perché, dietro i nomi più noti, c’è una presenza più discreta: quella delle famiglie italiane stabilite in Francia, i cui figli sono cresciuti nei club, spesso lontano dai riflettori, ma al cuore di una cultura rugbistica fatta di solidarietà, impegno e trasmissione.

In tutte queste traiettorie, il rugby non è stato soltanto uno sport. È stato un modo per mettere radici, trovare il proprio posto, trasformare una storia di esilio in appartenenza. Una storia senza grandi eroi dichiarati, eppure profondamente inscritta nel tessuto stesso di questo sport.

Ancora oggi, mentre alcuni scelgono l’Italia – come Ange Capuozzo, nato e formato in Francia, che ha deciso di vestire l’azzurro in memoria del nonno – e altri restano in Francia, lo stesso patrimonio continua a circolare tra le due rive. Con giocatori come Dorian Aldegheri, questa storia continua a scriversi quasi da sé, con naturalezza: la stessa energia, lo stesso modo di stare in campo, la stessa idea del collettivo. Come se, in fondo, il rugby non avesse mai dimenticato da dove vengono i suoi giocatori.