Je crois que l’un de mes tous premiers souvenirs de film, vu enfant, est celui d’ Une journée particulière.
A l’époque évidemment je n’ai pas tout compris. Mais immédiatement, je me suis senti entrer dans un véritable univers. Peu de réalisateurs, y compris italiens, ont alors laissé une telle empreinte en moi. La beauté très sobre et maternelle de Sophia Loren, l’élégance mêlée à la déchéance du dandy Mastroianni, tout ça faisait naitre en moi une certaine forme de repères et une appétence aussi pour le cinéma italien.

Sophia Loren et Marcello Mastroianni dans Une journée particulière

Scola contribua aussi au scénario du Fanfaron dont je vous ai déjà parlé dans mes chroniques et dans lequel jouait Vittorio Gassman, un acteur qu’il allait recroiser souvent dans sa carrière. Tout ceci nous amène naturellement à Nous nous sommes tant aimés. Avec cette œuvre, le réalisateur m’a véritablement fait connaître la société italienne, ses méandres, ses contradictions, ses dilemmes aussi. Je crois qu’il l’aimait cette société comme je l’aime aujourd’hui.

Scola aimait l’Homme également, pas seulement ses acteurs, mais aussi ceux qui étaient assis devant le grand écran blanc, son public. Parce qu’en fait c’est de lui qu’il parlait finalement. Scola a su montrer ses semblables sous toutes leurs coutures avec leurs qualités et leurs défauts, souvent plus lâches que courageux mais toujours touchant. Même amer ou déçu, le cinéaste sauve toujours quand même ses personnages comme dans La Terrasse. Mastroianni, Gassman et Trintignant encore, mais aussi Tognazzi et Reggiani y sont tellement humains, faibles et fourbes mais tellement humains qu’on les aime malgré tout.

Rendre les choses et les personnes belles sans les épargner, c’était sans doute là tout son art. Le militant communiste en lui a toujours survécu, même à la déception. Après l’annonce de son décès, son épouse et ses filles ont déclaré au Corriere della Sera : « Son cœur s’est arrêté de battre par fatigue ».
Le mien battra jusqu’à son dernier souffle pour ses films.