Les routes de poussières, ce sont celles du Piémont italien, celles recouvertes de neige parfois durant de longues semaines l’hiver, et craquelée par le soleil assommant l’été. Ce sont aussi celles qui voient entrer et sortir les troupes de l’envahisseur en Italie : Napoléon, les Autrichiens, et le fameux dragon Junot dont une modeste servante peut s’éprendre éperdument…

Ces routes de poussières sont aussi celles clairsemées de champs durement gagnés sur la chienlit par des paysans besogneux, parfois même bordées de vignes que les plus grandes inondations ont parfois anéanties. Bref, ces routes sont celles d’une vie rude pour les plus pauvres évidemment mais peut-être autant pour ces familles nobles aux fortunes déchues.

C’est justement l’une de ses familles, une dynastie, qui est placée au centre du roman de Rosetta Loy. Au départ le lecteur peut avoir du mal à s’attacher aux personnages. La narratrice ne cache rien de leurs aspérités, de leurs égoïsmes, de leurs faiblesses et parfois même de leur irrémédiable fatalisme qui empêcherait presque de les rendre attachant.

Et puis il y a l’époque, le XIXème siècle, l’époque des grandes guerres qui mèneront à l’indépendance et à l’union de la Péninsule, celle des grandes épidémies dont le cholera qui décimera une partie de la famille mais surtout celle où la liberté n’a que très peu de place dans les amours. Les mariages y sont arrangés, les sentiments cachés ou refoulés, et pour cela les vies gâchées.

Parfois de tout cela naissent des enfants que l’on chérie, malgré tout, quand la mort ne vous les fauche pas trop jeunes. C’est l’époque aussi des revers de fortune, celle non pas de l’espérance mais du combat.

La terre est dure dans ce Piémont encore sauvage et les chefs de famille sont faibles : celui passant le plus clair de son temps errant dans les champs à contempler la nature jusqu’à ce qu’un curieux mal le terrasse et le vide de sa substance. Celui qui pour un amour déçu s’en va faire la guerre et peut-être même essayer de se faire tuer. Un autre qui ne parcours cette terre à cheval que pour rejoindre sa maîtresse la nui avant de dormir le jour. Enfin celui qui partira évidemment pour oublier cette vie de rien mais qui reviendra pour chercher un amour impossible, celui qui le lie à une demi-sœur.

Ne vous attendez pas en lisant cet ouvrage à remplir votre cœur d’espoir. Il ne donne pas forcément envie de se porter vers l’humanisme. En revanche, il nous rappelle l’âme tantôt combattante tantôt résignée du peuple italien. Un peuple, qui on le voit bien ici avec la confrontation des classes sociales et des origines territoriales, partait de très loin avant d’embrasser le drapeau tricolore.

« Les routes de poussières », des chemins à emprunter sans hésiter, pour tous ceux qui comme moi veulent connaître les racines de l’Italie qui se cachent dessous.

Rosetta Loy

Les routes de poussière

Traduit de l’italien par Françoise Bun
Edition Rivages Poche