Un pape argentin ? Oui mais issu de la déferlante immigrante italienne vers l’Amérique du sud. Alors doit-on voir à travers cette élection une forme d’ouverture du Vatican ?

 Plus de la moitié des 41 millions d’argentins ont une ascendance italienne. Celle de Jorge Mario Bergoglio est piémontaise. Du début du XVIIème siècle au milieu du XXè environ trois millions et demi de personnes quittent la botte pour mettre le cap sur Buenos Aires. Crise oblige, des milliers ont depuis tenté le chemin inverse.

Dès sa première allocution au balcon, le nouveau pape n’a pas manqué avec malice mais non sans calcul géopolitique, de remercier les cardinaux du conclave « d’être allé le chercher à l’autre bout du monde ». Le président du Sénat français, fin connaisseur et amoureux de l’Amérique Latine me confiait encore lors d’une émission que nous enregistrions ensemble que cette élection « a le mérite de mettre l’éclairage sur un continent important et en général un peu oublié dans notre diplomatie de gauche comme de droite ».

Zone d’ombre et buzz médiatique

Face à lui, un représentant de l’UMP y voyait « un message d’espérance pour l’Amérique Latine ». Sur ce même plateau de télévision, un militant du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon préférait mettre en exergue les zones d’ombre du jésuite concernant son rôle et celui de l’église catholique sous les dictatures militaires argentines notamment celle du cruel Vidéla. L’histoire jugera, les tribunaux aussi, les procès de l’opération Condor se tiennent actuellement en Argentine.

Au-delà de l’homme il s’agit aussi de voir quelle stratégie diplomatique a choisi le Vatican. En France, on a du mal à comprendre tout ce buzz médiatique autour de l’homme en blanc de Rome. Sur les réseaux sociaux, on pouvait notamment lire la critique d’un téléspectateur des 20 h : « Ce soir si vous habitiez dans le sud et n’étiez pas catholique, le journal commençait pour vous à 20h30 », faisant allusion à la monopolisation de l’actualité par les intempéries neigeuses dans le nord du pays et l’élection du pape.

Une autre image du Vatican ?

Vu d’ici, pas mal de français ont effectivement du mal à comprendre, pourquoi tant de ramdam médiatique autour d’une question de religion. Mais est-ce vraiment uniquement une question religieuse ? Le pape est-il de droite ou de gauche ? Pourquoi tant d’insistance à nous le présenter comme un jésuite, qui prend le métro à Buenos Aires, qui, signe d’humilité parait-il, demande à la foule de la place Saint-Pierre de prier pour lui ?

Voici donc le défenseur des pauvres et des exclus qui permet à la cité vaticane de faire oublier les fastes et privilèges de ses résidents. « Rome n’est plus dans Rome » comme l’affirme Jean-Pierre Denis dans son édito de « La Vie ». Un papier intitulé par le directeur de la rédaction : «  rebattre les cartes ». « Un pape venu d’Amérique du sud, c’est le retour du monde sur le siège de Pierre ». En tout cas, ce François fait parler de lui et dans son sillage, l’Italie n’a toutefois jamais autant été sous les lumières des médias. A peine, sortie de ses législatives, voilà que la renonciation de Benoit XVI relance une autre campagne.

Le favori italien défait

Aujourd’hui, celle-ci terminée, peut-on dire que Rome a perdu « Le centre de gravité a changé » déclare le cardinal Walter Kasper. « Ce centre n’est  plus en Italie. Il n’est même plus en Europe. Désormais 40% des catholiques vivent dans cette Amérique Latine dont le pape François est originaire » analyse Isabelle de Gaulmyn dans « La Croix ». Pourtant le Vatican avait son favori romain : l ‘archevêque de Milan, Angelo Scola. Et Dieu sait que l’espoir d’un pape italien était forte, trente-cinq ans après Jean-Paul Ier.

Seulement Scola n’a pas semblé être le candidat idéal, trop « laïc », ancien de « Communion et Libération », mouvement impliqué dans la vie politique et économique du nord de l’Italie. Ses confrères cardinaux lui ont fait comprendre en moins de trois votes. Envie d’ailleurs et de nouveau monde, ras-le bol des querelles intestines du Vatican (auxquelles Scola n’était pas étranger) et souhait d’un pape enfin servi par la Curie et non l’inverse, le choix de François répondait à toutes ses volontés, si ce n’est divines, au moins ecclésiales.

Peu importe que le pape ait 76 ans  (« Mais il est vieux ! » s’exclame ma fille quand elle le voit apparaitre au balcon), que sa santé soit fragile, il vient d’ailleurs, incarne l’humilité et une certaine forme, si ce n’est d’indépendance, au moins de détachement. Même si, et ça personne ne peut rien y changer, il reste archevêque de Rome et continuera de résider ainsi que son Saint-Siège dans la capitale italienne.