Le dimanche 27 janvier célébrait la journée de la mémoire de l’Holocauste. Angela Merkel soulèvait alors « la responsabilité permanente de l’Allemagne pour les crimes du national-socialisme ». Dans la foulée, Silvio Berlusconi, lui, expliquait que « l’Italie n’a pas les mêmes responsabilités ». Même s’il reconnait que « les lois raciales (du Duce) représentent la pire faute d’un leader », l’ancien président du Conseil estime « qu’en revanche Mussolini a fait de bonnes choses dans beaucoup d’autres domaines ».

« De telles déclarations doivent être rejetées et démontrent à quel point l’Italie a encore du mal à accepter sérieusement sa propre histoire et ses propres responsabilités » a réagi Renzo Gattegna, président de l’Union des communautés juives italiennes. « Les paroles de Berlusconi sont une honte et une insulte à l’Histoire et à la mémoire. Qu’il s’excuse aujourd’hui même auprès des italiens » a déclaré de son côté, le président du groupe du Parti Démocratique (PD, gauche) à la Chambre des députés.

Berlusconi nous a habitué à des sorties très personnelles, va-t-on dire, surtout en période de campagne électorale. « Electoralisme ? Révisionnisme ? » se demande Philippe Ridet. Pour le correspondant du Monde à Rome, Berlusconi vise ainsi son aile la plus nationaliste. Là où le Cavaliere déborde encore un peu plus du cadre c’est quand il déclare : « sur le fascisme, j’ai dit ce que pense la majorité des italiens ».

Sur  ce point précis Philippe Ridet sollicite dans son article l’analyse de Massimo Giannini, auteur d’un livre écrit autour des analogies entre le Duce et Berlusconi (« L’homme d’état », éditions Dalai, non traduit). Pour ce dernier, « Berlusconi s’adresse à cette part de l’opinion qui croit encore que l’on peut séparer le bon grain de l’ivraie dans le bilan de Mussolini(…) Une fois encore, Berlusconi parie sur le pire des italiens ».

Combien sont-ils ces italiens ? Qui sont-ils ? La question se pose pour eux mais finalement aussi pour n’importe quel peuple. Cette question est la suivante : dans quelle mesure est-on responsable du passé et des actes d’une nation ? Cette question hante bon nombre d’entre nous.

Ma famille n’a pas été confrontée de bout en bout au règne de Mussolini (de 1922 à 1943). Elle a émigré en partie dans les années 30 en Algérie. C’est ce qui fait que je suis français aujourd’hui. Descendant de « Pieds-Noirs », à mon tour de me poser des questions sur les actes et les responsabilités de mon pays là-bas durant les « événements » puis la guerre d’indépendance.

Cette question de l’histoire, cette question de mémoire, nous devons tous nous la poser, d’où que l’on vienne, où que l’on soit. C’est à ce prix que de nouveaux conflits peuvent être évités et c’est aussi comme cela que les pans les plus sombres de notre passé auront moins de risques de se répéter.