Un Italo-suisse élu président du foot mondial.
Qui es-tu Infantino ?

Gianni Infantino

La première fois que j’ai entendu le nom de celui qui n’était encore que candidat à la présidence de la Fifa, j’ai cru qu’il était italien. Il est en fait italo-suisse, né à Brigue dans le Haut-Valais suisse, à 10 kilomètres de Viège, village natal de… Sepp Blatter. Mais ses origines sont lombardes du côté de sa mère et calabraises du côté de son père. Enfant, il dévorait les pages de la Gazzetta Dello Sport que vendait sa mère, kiosquière. Son club de cœur : l’Inter de Milan.

Le président sortant défait, Sepp Blatter, a loué « le sens de la stratégie et de la diplomatie de son successeur ». Sous-entendu, l’homme a su mener sa barque, pour passer de secrétaire général de l’Uefa et bras-droit de Platini à son fossoyeur, malgré-lui, mais malgré tout, dans les faits.

La plupart des gazettes à l’image de l’Equipe, au lendemain de son élection, décrivent un président à double facette : celle du profil haut-fonctionnaire, raide et sérieux aux allures de « passe-muraille » (le côté suisse ?) et celle d’un « vrai politique : le sourire en bandoulière, la poignée de main franche, l’accolade fréquente » (le côté italien ?)

Mais ce qui fait évidemment un homme c’est son courage. Pour être clair, Gianni Infantino va-t-il avoir celui de secouer le cocotier de l’instance dirigeante du foot mondial ? Au lendemain de son élection, nombreux sont les « bienveillants », déjà, à rappeler qu’il en a manqué par le passé.

A commencer par son prédécesseur Sepp Blatter, qui ne manque décidément pas de toupet puisqu’il lui a écrit une lettre pour… le Journal du Dimanche ! « On attend de toi des miracles dans le contexte dans lequel tu reprends la Fifa […] Sur le chemin des miracles, ce congrès extraordinaire t’a bien aidé en votant à une très forte majorité les réformes que j’avais d’ailleurs entamées. Tu te rappelles certainement que c’est ta confédération, l’UEFA, qui n’avait pas voulu me suivre en 2013… »

Même remarque du président du syndicat mondial des joueurs pros, Philippe Piat : « Nous avions un accord avec l’UEFA sur des conditions minimum pour les contrats des joueurs en Europe. […] Mais comme les fédérations et les clubs ont fait pression, l’UEFA ne l’a pas appliqué. Infantino n’a pas voulu s’opposer à eux ».

Ces joyeusetés jetées au visage du nouveau Président maintenant rappelées, l’ambiguïté de Gianni Infantino est exposée dans toutes les manchettes : il se veut l’homme du renouveau mais est issu du système ! Le meilleur moyen de détourner l’avion est d’être à l’intérieur rétorqueront certains mais l’avocat de formation va avoir fort à faire pour sortir des limites du terrain sans se faire rappeler à l’ordre par l’arbitre.

Alors que propose-t-il ? « Ramener le football à la Fifa et la Fifa au football » annonce celui qui dit avoir « deux pieds gauches » malgré une carrière junior au FC-Brigue Folgore (« foudre » en italien). Beaucoup moins concret que le train de réformes qu’il n’a pas véritablement contribué à voter : limitation des mandats des dirigeants, publication des rémunérations, séparation des activités politiques et économiques, etc). Encore faudra-t-il les faire respecter, déjà un sacré challenge.

« Infantino était le meilleur des deux candidats possibles mais il n’est pas non plus le Pape François » lâche dans le JDD Mark Pieth qui fut à la tête d’une première commission des réformes en 2011-2013. Bref comment va-t-il se démarquer de ses anciens patrons et mentors, Blatter et Platini ? Et surtout comment redonner une image respectable au football mondial ?
Gianni Infantino a trois ans pour, presque, tout changer à la Fifa. Condition minimum s’il veut jouer une deuxième mi-temps.

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Patrick Noviello

Patrick Noviello

Patrick Noviello est rédacteur en chef adjoint à France3 Midi-Pyrénées. Il est également en charge du magazine politique de cette même chaîne. « Dimanche en politique » se veut un lieu de débat public toujours axé sur des problématiques régionales tout en y imbriquant les réflexions politiques du moment. Il enseigne à l’Ecole de Journalisme de Toulouse dont il est issu. Il collabore à Radici depuis quatre ans maintenant.
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