Paparazzis !

Paparazzi dans le film "La dolce vita"

Un Président avec une actrice et ça y est, la meute médiatique est lâchée. Encore un coup des paparazzis ! Comment se déclenche la machine ? Ici en France plutôt à pas feutrés au départ, les chaînes tout-info tournent en boucle autour de cette annonce : un magazine dit « people », « Closer » pour rendre à César ce qui est à César, sort des photos de François Hollande arrivant à scooter et casqué dans un immeuble parisien pour y retrouver une actrice française, Julie Gayet. Et la machine infernale se met en branle.

Sur nos écrans est posée tout d’abord la question de la sécurité d’un Président qui s’octroie ainsi des escapades nocturnes le soir venu. Une autre interrogation éthique celle-ci se fait ensuite jour sur « la vie privée du Président relève-t-elle du domaine public », puis viennent enfin quelques piques de l’opposition sur le mensonge, l’adultère, la tromperie, etc… Pendant ce temps-là, les chaines italiennes largement rodées aux frasques berlusconiennes organisent des plateaux-débats où des consultantes, type « Cougar », viennent ferrailler autour des ritournelles « il a quand même bien le droit de vivre sa vie » ou au contraire « quel goujat, faire ça à la première dame » !

Né dans « la Dolce Vita »

Revenons toutefois à une question centrale de cette chronique : l’Italie a-t-elle inventé le « paparazzi » ? Oui et non. Oui pour le nom et non pour le concept. Souvenez-vous de ce personnage de « La Dolce Vita » qui accompagne souvent Marcello Mastroiani et qui avec sa meute de confrères va attendre Anita Ekberg à sa descente d’avion. Photographe de stars, il se nomme « Paparazzo » : singulier de paparazzi mais étymologiquement tiré de pappataci (petits moustiques) et ragazzi (jeunes hommes). De cette idée que de la femme de Fellini aurait soufflée à son réalisateur de mari est né un nom de légende qui va très vite devenir synonyme d’enfer pour certaines stars ou désormais pour la classe politique. Au moment de l’affaire Noémi, même Berlusconi ira jusqu’à demander aux paparazzis de le « laisser en paix ».

En revanche, le concept, lui n’est pas né en Italie, le dossier du « Nouvel Observateur » de cette semaine nous l’explique clairement, faisant notamment état d’une photo datant de 1898 montrant Bismarck sur son lit de mort, ce qui avait valu à ses auteurs de la prison ferme. Le peuple italien a même été une victime collatérale du « paparazisme » comme nous l’explique plus loin l’hebdomadaire. En 1944, les soldats américains sur le front de la péninsule se font bombarder de tracts par les nazis. Les documents exposent une photo du chasseur d’image US Weegee, largement mal interprétée (voir article du Nouvel Observateur). On y aperçoit une femme faussement outrée (mais abondamment saoulée par le photographe) à la sortie d’un spectacle du Métropolitan Opéra qui contemple deux spectatrices couvertes de bijou avec dégoût. Les allemands y ont ajouté la légende suivante : « GI, c’est pour cela que vous vous battez ? ». Pas de quoi décourager les troupes américaines.

Tel est pris…

Appels aux plus vils sentiments, tromperie, ragots, et parfois même diffamation, les paparazzis et leur univers semblent éternels et déjà bien loin de « la Dolce Vita ». La dernière affaire à avoir défrayé la chronique en Italie est celle de Fabrizio Corona. Le photographe purge actuellement une peine de cinq ans de prison pour extorsion de fond. Il avait notamment soutiré de l’argent au footballeur David Trezeguet et utilisé illicitement des données sur sa vie privée. Il avait également fait chanter de nombreuses autres célébrités. Le « photographe des VIP » comme il avait été surnommé s’est retrouvé sous les crépitements des flashs de ces confrères en décembre 2013 lorsqu’il a été extradé du Portugal où il avait pris la fuite. L’arroseur arrosé.

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Patrick Noviello

Patrick Noviello

Patrick Noviello est rédacteur en chef adjoint à France3 Midi-Pyrénées. Il est également en charge du magazine politique de cette même chaîne. « Dimanche en politique » se veut un lieu de débat public toujours axé sur des problématiques régionales tout en y imbriquant les réflexions politiques du moment. Il enseigne à l’Ecole de Journalisme de Toulouse dont il est issu. Il collabore à Radici depuis quatre ans maintenant.
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