Renzi, habillé pour l’hiver

Il lui arrive suffisamment peu souvent de s’emporter pour prendre la chose au sérieux. Dans son blog Campagne d’Italie, le correspondant du Monde, Philippe Ridet, n’a vraiment pas apprécié la sortie de Matteo Renzi sur la France et l’état des partis politiques en Europe.

Pour lui le Premier Ministre italien est un « bienheureux » qui « vit sur une ile ». Premier reproche qui lui est fait : celui de refuser l’aide demandée par la France pour lutter contre le terrorisme. « Il pense se protéger de la menace de l’organisation Etat islamique en débloquant un milliard d’euros « pour la culture ». Chaque jeune fêtant ses dix-huit ans en 2016 se verra doté d’un bon d’achat d’une valeur de 500 euros pour s’acheter des livres ou aller au musée. » « Pourquoi pas » commente le journaliste français.

Autre grief à l’encontre de Renzi : son désintérêt pour la montée du FN en France. « Pourtant, l’addition des intentions de votes en faveur des xénophobes  de la Ligue du Nord, des populistes du Mouvement 5 Etoiles et des postfacistes de Fratelli d’Italia, tous unis contre l’euro, dépasse largement les 40%. »

Enfin Philippe Ridet pointe l’aveuglement du premier ministre italien face à la naissance d’un gouvernement de compromis en Espagne. « Grâce à la nouvelle loi électorale, cela ne pourra pas se passer chez nous » affirme Renzi. Et le journaliste du Monde de rappeler que seulement deux points séparent le Mouvement 5 étoiles de Grillo du Parti Démocrate de Renzi à deux ans à peine des prochaines élections.

Culture contre terrorisme

Il n’y a pas que Renzi qui brandisse la riposte culturelle contre le terrorisme. Mathilde Imberty nous relate sur France Info l’initiative du site romain d’Aquilée qui organise des jumelages avec des sites étrangers, victimes du terrorisme. Ainsi huit pièces du musée du Bardo de Tunis sont actuellement exposées en Italie. « Ces mosaïques sont l’illustration parfaite de la proximité culturelle entre Europe et Afrique du Nord » d’après Marta Novello la directrice du site d’Aquilée.

A l’origine du projet qui s’appelle « Archéologie blessée par le terrorisme » : un ex-conseiller diplomatique du président Sergio Mattarella qui s’était rendu au Bardo juste après les attentats. «On a été très touchés par les traces des attentats. On voyait les trous faits par les balles des terroristes. Et donc on a conçu l’idée de faire apporter des pièces du Bardo et de faire comprendre aux gens l’importance de cette source commune de notre civilisation. Ce qui est exactement ce que les terroristes veulent détruire. Ils veulent détruire la mémoire du fait qu’on était ensemble » explique Antonio Zanardi Landi.

Prochain objectif de la fondation Aquilée, se rendre en Irak et ramener des œuvres de Mossoul ou Bagdad. Puis ce sera l’Egypte.

Passeur malgré lui ?

Le tout jeune mais non moins talentueux magazine Society nous livre une version moderne des Misérables. Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est le constat de l’extrême pauvreté de certaines familles italiennes. Giovanni (dont le prénom a été changé) écope devant le tribunal correctionnel de Cherbourg d’un an de prison dont huit mois avec sursis. Son délit, qu’il reconnaît : avoir tenter de faire passer clandestinement des albanais en Angleterre.

« Moi, je conduis, c’est tout ». Cette réplique de Giovanni lors de son procès a donné son titre au dossier de Lucas Duvernet-Coppola. « Mais comment un père de famille au casier judiciaire vierge peut-il se retrouver accusé de « monnayer la misère humaine » ? » se demande le reporter. En prison, Giovanni lui a envoyé une lettre pour raconter son histoire.

Ses ennuis commencent il y a 18 ans lorsque sa femme est victime d’une hémorragie cérébrale. Puis c’est son tour, lourdement frappé par le diabète. Puis il perd son boulot de routier quand la société de Brescia qui l’embauche fait faillite. Les 280 euros d’invalidité de son épouse ne suffisent pas à les faire vivre. Alors son fils aîné de 33 ans, smicard, les aide depuis quatre ans.

Un jour, un albanais propose à Giovanni de conduire des compatriotes, de Lombardie jusqu’aux ferries amarrés en France, le tout pour 1000 euros. « Avant d’accepter, j’ai retourné mille fois la question dans ma tête. Mais j’étais arrivé à un carrefour : en finir ou faire quelques voyages. » Il s’est fait prendre lors de son troisième trajet. Aujourd’hui il est sorti de prison. Ce que l’enquête de « Sociéty » ne dit pas c’est si le fils de Giovanni a trouvé les moyens d’aller récupérer à Cherbourg sa voiture qu’il avait prêtée à son père pour ses convois illégaux.

La bactérie « tueuse » d’oliviers.

Quand une agence de presse française, l’AFP, relaie une info d’une agence italienne Agi, c’est souvent que le sujet qu’elle aborde concerne nos deux pays. Ici, il s’agit de « xylella fastidiosa », cette bactérie qui fait dépérir les végétaux auxquels elle s’attaque. Semblée partie des Pouilles, elles touchent désormais les oliveraies de Corse depuis juillet et celles des alentours de Nice depuis la mi-octobre.

Or l’abattage des oliviers contaminés dans la région de Brindisi va s’accélérer selon les autorités italiennes. 10% des 11 millions d’arbres parfois plus que centenaires des Pouilles sont touchés. La bactérie représente une catastrophe autant économique qu’environnementale même si un plan d’urgence prévoit des indemnisations.

Des manifestations mais aussi des recours déposés devant les tribunaux par les oléiculteurs ont retardé l’application des mesures nécessaires à la non-prolifération. L’union Européenne a désormais mis en demeure l’Italie d’exécuter le plan d’abattage. « Xylella fastidiosa » ne présente aucun risque pour l’homme mais est capable de tuer plus de 200 espèces végétales dont la vigne, le clémentinier et l’olivier.

Foire télévisuelle

Vous vous en doutiez, si vous avez déjà regardé les programmes des chaînes italiennes, mais TéléObs nous le confirme : l’Italie est la championne du monde des « talk-shows ». Pas moins de 148 de ces émissions de pseudo débat sont programmées sur l’ensemble des canaux de la péninsule.

Marcelle Padovani, correspondante de l’Obs à Rome retranscrit ainsi le sentiment de l’étranger qui tombe sur un de ces programmes : « il y a des moments où les cris sont si forts qu’on n’y comprend plus rien ». Et la journaliste française de citer son confrère Aldo Grasso, critique au « Corriere della Sera » : « C’est un genre qui épouse à merveille notre nature et illustre notre goût inné du slogan qui prend la place du raisonnement ». Jugement dur et plutôt réducteur selon moi. Je n’aimerais pas être critiqué par le signor Grasso…

Reconnaissons toutefois volontiers que le fond de ces émissions nous le fait toucher. Alors succès d’audience et vide intersidéral, la faute à qui ? Sans doute au mélange des genres, notamment à l’entrée en scène des politiques dans ces programmes, Berlusconi en tête. A l’époque où il était à la manœuvre, l’ancien président du conseil a entre autre promis dans « Porta a porta » un million d’emploi nouveau, avant de revenir fréquemment en plateau, annoncer d’autres mesures, selon lui, phares.

Dans ce domaine nous n’avons, en France, rien à envier à l’Italie. La frontière entre information et divertissement est de plus en plus ténue dans bon nombre de nos programmes.