Romancier, nouvelliste, biographe et dramaturge, Vincent Engel est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux auteurs en Belgique francophone. La revue RADICI est fière de lui donner carte blanche.

Je n’aimais pas voyager. Ou plutôt, je ne voyageais avec délectation qu’avec un moyen de transport : la rêverie solitaire, étendu sur mon lit ou pendant les cours. Je détestais être à l’école autant que dans une maison étrangère. J’étais prêt à beaucoup de choses pour échapper à un voyage, et certainement un voyage sans mes parents.
Pourtant, en mai 1979, un voyage de classe était prévu. J’avais 15 ans. Nous devions aller à Rome. Je n’étais jamais allé en Italie ; mon père représentait en Belgique des firmes italiennes dans l’art de la table et l’ameublement. Lui se rendait au moins une fois par an à Milan, pour la Foire. Le directeur de la firme milanaise de métal argenté était un de ses amis ; dans ces années de plomb, mon père nous avait expliqué combien Piero, cet ami, devait être prudent et cacher tout signe extérieur de richesse. Il vivait dans un appartement au-dessus de son usine et n’utilisait plus les belles voitures qui dormaient dans son garage. La politique m’attirait déjà et je percevais qu’il y avait là, dans cette Italie déchirée entre les extrêmes, quelque chose de l’ordre du laboratoire sans cesse recommencé où se déclinaient les paradoxes du continent.

Vincent engel